Quatuor pour un seul signe : Les Poissons – Marcel Pagnol

 Marcel Pagnol

« Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. » (La gloire de mon père. Marcel Pagnol).

C’est ainsi que commence par trois phrases sobres et ciselées le premier des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol : La gloire de mon père, paru en 1957, suivi par un deuxième tome : Le château de ma mère puis par un troisième en 1959 : Le temps des secrets. Enfin, à titre posthume, un quatrième manuscrit inachevé : Le temps des amours.

Trois phrases en trois temps comme une valse nostalgique qui nous emporte avec Pagnol dans cette Provence qui fût son Arcadie. Un lieu fondateur : Aubagne. Un massif rocheux : le Garlaban auquel une métaphore poétique donne sa royauté. Les chevriers, les derniers, dont la pluralité dissimule un singulier nostalgique, le pâtre tant aimé, le petit frère Paul.

Thème astral de Marcel Pagnol

Nos racines terrestres cherchent dans le langage des astres nos racines célestes afin de mettre en écho, d’une part l’instant de notre naissance, le lieu et les êtres qui nous accueillent, le temps historique de notre incarnation, les aléas de notre progression, d’autre part un ciel rigoureusement ordonné en un mouvement cyclique perpétuel, ronde planétaire qui nous impose son tempo, paraît nous jeter sans compromis hors de son apparente harmonie et nous laisse quelquefois l’illusion d’y conduire la marche de notre destinée.

MARCEL PAGNOL

Aubagne, le 28 février 1895, 17 h. A l’orient du ciel de naissance de Marcel Pagnol, le signe de la Vierge prête au signe des Poissons qui lui fait face, son messager Mercure, vassal du Soleil qui éclaire le douzième signe du zodiaque, promesse d’une renaissance printanière portée par Vénus et la Lune en Bélier. A l’occident du thème Mercure fait un repli stratégique derrière un Soleil qui cherche sa mesure  dans l’approbation des autres, surtout celle du père instituteur, Joseph, défenseur d’une laïcité intègre, d’un anticléricalisme farouche, descendant d’André Pagnol qui ne savait ni lire ni écrire et voulut que ses six enfants soient enseignants. Joseph souhaite pour son fils une brillante réussite, inspiré par Jules Ferry, il ambitionne de l’élever plus haut que lui même sans trahir les principes rigoureux et l’idéalisme social qui le guident. Jeune et docile, Marcel absorbe avec reconnaissance un solide savoir transmis avec amour et fermeté.  Contraint à l’excellence qui lui est imposée et qui le met à l’écart de la vie plus libre de ses camarades, il exprimera sans entraves à l’adolescence sa personnalité enthousiaste et fougueuse.

L’encadrement de l’Ascendant Vierge par Jupiter en secteur 10 dans le troisième signe et par Saturne en Scorpion en Secteur 3, favorise un effort intellectuel continu. Nourrie par la puissance du verbe et la détermination du Scorpion, par l’habileté teintée d’opportunisme des Gémeaux, l’œuvre et la vie de Marcel Pagnol expriment l’alliance paradoxale entre ces deux signes dissemblables, l’un printanier, explorateur curieux du monde et des autres, libre, malicieux et improvisateur, l’autre secret, exigeant, que les obstacles stimulent, que les deuils et les trahisons anéantissent tant le Soleil en Poissons recèle d’empathie et d’impressionnabilité. Au carré de son maître Neptune, le Soleil en secteur 7 face à l’humble Vierge à l’Ascendant, oriente une expression qui déborde la tension entre le moi et les autres, entre le singulier et le banal, entre l’individuel et l’universel : « Je ne crois pas qu’il y ait d’Art en dehors des lieux communs » disait-il. C’est parce qu’il extrait des généralités la substance qui relie les êtres humains entre eux que Pagnol donne au peuple de Marseille enraciné dans le terroir de son enfance l’envergure d’une humanité générale. « De ces petites vies condamnées à la médiocrité quotidienne vous avez fait voir le tragique et la poésie  car si vous êtes un homme de théâtre, vous êtes, au moins autant, un poète.» lui répond  Jérome Tharaud à son discours de réception à l’Académie Française. A propos du lieu commun, Sartre écrivait : « Ce beau mot désigne sans doute les pensées les plus rebattues, mais c’est qu’elles sont devenues le lieu de rencontre de la communauté. Chacun s’y retrouve, y retrouve l’autre ».

Augustine et Joseph Pagnol

 

Racines terrestres, racines célestes…

Ces dernières plongent au Fond du ciel de naissance dans les derniers degrés du Scorpion et y entourent le Sagittaire dont le régent, Jupiter, est lui aussi en position dominante.  Mars maître du Scorpion lance son énergie conquérante au Zénith à la fin du Taureau dans un décan de maîtrise, il est également maître de Saturne et d’Uranus en Scorpion, de Vénus et de la Lune en Bélier, il porte l’étendard d’un désir de réalisation insatiable à partir du moment où il a trouvé sa cible. Marcel Pagnol puise en ce Mars dominant l’énergie nécessaire à l’accomplissement d’une carrière construite avec fougue et rigueur et dont il parvient à contrôler tous les rouages lui qui se dit artisan avant tout puisqu’il est manuel, inventeur, leader aussi, exerçant sur son entourage, ses associés une autorité faite de charme et de gentillesse car Mars répond à Vénus dans le signe spontané du Bélier et dans le signe du Taureau  reste pragmatique tandis que Jupiter en Gémeaux veille à ne pas perdre raison et favorise le sens des affaires.

Les premières s’enracinent en terre hispanique, près de Tolède mais arrachées à leur origine s’établissent dans le sud de la France où l’appellation d’espagnols se transforme en Pagnols. Au Soleil du midi ces derniers apportent l’art de tremper l’acier, métal de Mars dont on fait les épées. Armuriers, artificiers, cartonniers (pour les fusées et les cartouches), autant de métiers en analogie avec la planète de la guerre.  Puis un aïeul sort des rangs et choisit de travailler la pierre. C’est lui qui amoureux d’un savoir qu’il ne détient pas, veut faire de tous ses enfants des instituteurs, Jupiter dans le signe de Mercure complète cet héritage et continue à dérouler le fil du récit familial pour aboutir à ce conteur que fût Marcel Pagnol.

A suivre

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Quatuor pour un seul signe : Les Poissons – Rosa Bonheur

ROSA BONHEUR

Rosa Bonheur a 37 ans lorsqu’elle acquiert le Château de By sur la commune de Thomery à la lisière de la Forêt de Fontainebleau. Elle était à peine née quand Corot vint y peindre en 1822, comme le feront d’autres artistes, Charles François Daubigny, Jean François Millet, Théodore Rousseau, Gustave Courbet mais aussi le sculpteur animalier Antoine Louis Barye, la plupart héritiers dissidents du mouvement romantique français et proches du mouvement réaliste puis naturaliste. Ils viennent tous chercher autour du petit village de Barbizon des paysages de plein air ce qui leur vaut le surnom de « peintres airistes », leur pratique étant facilitée grâce à l’invention par le peintre américain John Goffe Rand, du tube de peinture en métal souple et leurs déplacements grâce au développement ferroviaire.

Dans cette demeure reconstruite au XVII siècle, sur un espace clos de trois hectares, Rosa Bonheur va vivre une quarantaine d’années, d’abord en compagnie de Nathalie Micas jusqu’au décès de cette dernière puis avec celle dont elle fera son héritière, Anna Klumpke. Elle va y installer tous ses animaux qui seront ses modèles, créant pour ses besoins et les leurs un véritable parc zoologique. Son ami et conseiller le vétérinaire Rousseau écrit dans ses Mémoires : « Rosa Bonheur avait toujours des animaux, je lui en ai connu de toutes sortes, cerfs, chamois, mouflons, lions, singes, perroquets, taureaux, vaches, chevaux, serins, lézards, faisans, gazelles, moutons, sangliers… ».

Mais avant l’apogée de cette carrière dont l’acquisition du domaine de By est le symbole et que ponctue le troisième cycle d’un Jupiter puissamment enraciné dans le signe du Taureau, Rosa Bonheur a du franchir tant d’étapes depuis son enfance jusqu’à une reconnaissance officielle exceptionnelle et précoce en un siècle particulièrement hostile aux artistes femmes. Son ciel de naissance nous révèle les ressorts de cette réussite et les fondements psychologiques d’un parcours aussi puissant et obstiné qu’un labour dans la campagne nivernaise, aussi impétueux qu’une cavalcade de chevaux sur un marché, aussi abondant qu’une fenaison printanière, aussi percutant que les sabots de neuf chevaux foulant le blé au pays de Mistral.

Rosalie Bonheur nait à Bordeaux le 16 mars 1822 à 20 heures et si elle était destinée à devenir l’artiste dont les œuvres rencontreront un succès phénoménal de son vivant, elle était ignare en Astrologie, n’en déplaise à l’un de ses biographes pas mieux informé qu’elle-même.  En effet Rosa Bonheur se croyait du signe du Bélier. Elle écrit à sa seconde compagne « C’est peut-être à l’influence de ce signe du zodiaque que je dois mon caractère indépendant, grâce auquel j’ai fini par triompher de tous les obstacles que les astres avaient prédits à leur manière. » Néanmoins son thème révèle autrement que par la présence d’un Soleil en Bélier cette pugnacité et cette indépendance dont elle se félicite. Mars en mouvement rétrograde culmine en secteur 10 conjoint au nœud Sud et dans un décan martien, déterminant une ambition  créative virile, tenace, passionnée. Il aspecte favorablement en trigone de feu Saturne en Bélier qui certes s’y trouve en position de chute mais y gagne en réflexion, en obstination et structure ce signe printanier impulsif et téméraire. Par ailleurs Saturne renvoie au signe du Capricorne occupé par la Lune flanquée de Neptune et d’Uranus, Capricorne, dixième signe du Zodiaque qui est ici en affinité avec Mars culminant, renforçant l’ambition, la persévérance et l’expertise qui conduiront Rosa Bonheur au sommet de son Art. Cette Lune exilée en Capricorne approfondit dans ce signe épris d’absolu et de sagesse, les ressources nécessaires à une élévation dans la pleine lumière du Zénith dans le signe du Cancer. Elle le fait de manière organisée et pour y parvenir puise des forces invisibles et intuitives en Neptune et les exprime par Uranus, de manière novatrice et indépendante.

Il y a presque toujours à l’origine des réussites extraordinaires une soif de revanche sur des commencements douloureux : pauvreté, maladie, abandon, mystère des origines, désir de venger un être cher, père, mère, fratrie.  Pour Rosa Bonheur, c’est la mort de sa jeune mère Sophie alors que Rosalie n’a que onze ans et les circonstances de ce deuil qui vont galvaniser son désir de réussite. La pauvreté succède à une période faste au château de Grimont en Gironde où sa mère aux origines obscures fut recueillie et éduquée par Jean Baptiste Dublan de Lahet qui, sur son lit de mort la reconnait enfin comme sa fille de sang tandis que ses demi-frères la déshéritent. Elle se marie à Raymond Bonheur professeur de dessin qui part chercher fortune à Paris et s’affilie au Mouvement St Simonien, oubliant ses devoirs envers sa femme et ses quatre enfants qui quittent le paradis bordelais de l’enfance pour le rejoindre. Rosa a sept ans, le carré croissant de Saturne qui passe au Zénith du thème, en Cancer, signe l’arrêt de la vie dans ce pays de Cocagne où fillette elle partait à la rencontre des animaux et vivait au rythme sensuel des saisons.  A Paris, elle voit sa mère se tuer à la tache pour subvenir aux besoins de ses enfants jusqu’à être emportée le 1er mai 1833 dans la fosse commune du cimetière Montmartre : « Ma mère, la plus noble et la plus fière des créatures, succombant à la fatigue et à la misère pendant que mon père rêvait au salut du genre humain ! Quand j’ai obtenu mes succès et gagné de l’argent plus que je ne pouvais en dépenser, combien n’aurais-je pas donné pour savoir en quel lieu pleurer ma mère et rendre honneur à ses restes, mais il était trop tard. ». Le zénith au Cancer signe maternel, la Lune verrouillée par Neptune et Uranus dans le signe de Saturne, ce dernier projeté à l’Occident du ciel de naissance, dans le Bélier combatif, constituent très tôt la personnalité de Rosa qui à l’abri d’une cuirasse forgée par son travail et sa réussite se protégera de la société de son époque et préférera les animaux au genre humain. L’Ascendant est en Balance dans un décan d’indépendance, Saturne lui fait face en Bélier, Vénus maître de la Balance est conjointe à Mercure en Poissons dans le secteur de la créativité et Mars maître de Saturne culmine en Lion et y demeure jusqu’à la soixantaine, il n’est donc pas question pour la jeune fille qui sent, qui sait que l’expression artistique est sa vocation, de lâcher prise sur son désir. Son père y cède et devient son professeur, vite dépassé par son élève. A quatorze ans elle passe ses journées au Louvre car les ateliers de maîtres sont interdits aux femmes.  Dans ce  cycle d’opposition de Saturne qui passe sur l’Ascendant, elle prend conscience de ses dispositions par rapport aux autres grâce à une technique qu’elle perfectionne sans trêve. Le soir, elle modèle des plâtres d’animaux et déjà s’affirme son choix de devenir peintre et sculpteur animalier. Elle admire les maîtres hollandais et flamands, copie leurs bestiaires au plus près de l’exactitude de leur morphologie, os et muscles, tendons et pelages.

Portrait de Rosa Bonheur – E L Dubufe 1849

Elle peut pour cette approche du réel s’appuyer sur la valorisation du signe du Capricorne et son opiniâtreté à long terme, sa confiance totale dans la passion qui l’anime, sur Mars en Lion dont l’ouverture audacieuse au monde, le goût de l’exploit, l’exigence personnelle, l’acharnement perfectionniste font sauter les entraves d’un Saturne à l’orient, développant des qualités viriles,  endossant une apparence, pantalons et cheveux courts, qui la protège et lui permet d’étendre son champ d’exploration aux abattoirs et aux ventes de chevaux car elle  renouvelle toute sa vie une « permission de travestissement » qui lui ouvre l’accès aux lieux interdits aux femmes, enfin c’est aussi en restant discrète sur sa vie intime, sur ses choix amoureux, qu’elle construit son émergence, sa singularité et l’impose à ses contemporains.

Tout artiste en raison de sa réceptivité  profonde et parce qu’il est porté par un élan créatif témoigne de l’esprit de son époque. Il en ressent les aléas, en pressent les mutations,  exprime les évènements qui le troublent, de manière souvent choquante pour ses contemporains, faisant rupture avec les canons admis jusqu’alors, le public de son temps acceptant ou refusant que son regard, son goût, ses habitudes soient ainsi malmenés, donnant son approbation ou la refusant de manière abrupte. C’est alors le temps qui fera œuvre de rédemption souvent bien après la disparition de l’artiste.

Labourage nivernais. Le sombrage 1848 – Rosa Bonheur                                             Hauteur : 1,34m Longueur : 2,60m

Pour sa part, Rosa Bonheur, la bien nommée, connut un succès précoce en dépit de l’ambiance misogyne de son siècle, de ses origines modestes et de sa formation d’autodidacte. Première femme artiste à recevoir la légion d’honneur des mains de l’impératrice et amie Eugénie de Montijo en 1865. Jupiter astre de la réussite situé en Taureau est conjoint à Saturne à 25° du Bélier en secteur 7 ; Ce solide attelage lui a permis de capturer l’approbation non seulement d’un public médusé par ses prouesses techniques mais aussi le soutien des critiques et des autorités en matière d’Art. Cette conjonction de Jupiter et Saturne, ce dernier renvoyant par maîtrise à l’amas planétaire en Capricorne tandis que le premier gouverne Mercure, Vénus, le Soleil et Pluton dans le signe des Poissons, donnent à ses moyens d’expression artistique une force et une expertise surprenantes. Dans un premier temps elle accumule dessins et documents afin de donner une image objective de la France rurale du 19éme siècle, utilisant abondamment la photographie en plein essor. Elle séjourne en Auvergne, dans la Nièvre et dans les Pyrénées, y découvre de nouvelles espèces, s’émerveille devant les vaches Salers, peint les ovins avec une telle vérité qu’elle est surnommée « le Raphael des moutons » en référence à Paulus Potter le peintre animalier néerlandais du XVIIème siècle. Vénus est conjointe à Mercure maître du secteur des voyages en Gémeaux, son art se nourrit de récoltes plus lointaines en Angleterre et en Ecosse dans les Highlands. Jupiter en Taureau est gourmandise car il ne suffit pas à Rosa Bonheur de capturer formes et attitudes avec ses crayons, elle veut aussi posséder les bêtes qu’elle admire dans les foires aux bestiaux, cherchant à ramener en France moutons bœufs et taureaux. Son marchand d’Art Ernest Gambart qui l’a accompagnée écrit dans son journal : « Tout ce monde était heureux et fier de voir partir ces bêtes, non pour la boucherie, mais pour être reproduites par la peinture, car tous savaient le but de notre visite sur le marché ». Hélas les autorités douanières mettront un point final au désir de Rosa Bonheur.

A Suivre…..

 

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Quatuor pour un seul signe : le Verseau – Jules Verne

Jules Verne

Nantes 1840, printemps, été, automne, hiver, qu’importe, un jeune garçon rêveur mais déterminé, court vers la Loire, fleuve nourricier qui fut porteur de tant de promesses tout au long des saisons de son enfance. Jusqu’à ce jour, c’est de l’Ile Feydeau enserré entre deux bras du fleuve, où se situe le domicile de sa famille, qu’il n’a cessé d’observer les allées et venues des bateaux. A la maison de campagne de Chantenay, nichée tout au bout de la ville, il a passé des heures à observer l’activité du port jusqu’au cœur de Nantes. Il a douze ans. Enfin il va voir la mer qu’il ne connait vraiment que par les récits à la fois terrifiants et magiques des marins au long cours rassemblés sur le quai de la Fosse. Il a douze ans et sur le point de descendre la Loire jusqu’à Saint Nazaire, il sent son cœur battre plus vite, son imagination s’enflammer, déjà bouillonne dans son esprit toute la substance qui donnera à son œuvre l’originalité, l’universalité et l’authenticité que nous lui connaissons. Cette première rencontre avec l’océan, revivra dans La Jangada, le Secret de Wilhelm Storitz, le Pilote du Danube et Le superbe Orénoque :

(…) Le lit de l’Orénoque, très élargi, offrait alors un aspect qui devait frapper Jean de Kermor et le sergent Martial en leur qualité de Nantais. De là vint que celui-ci ne put  retenir cette observation : «Hé ! Mon neveu, regarde donc un peu où nous sommes aujourd’hui… » Le jeune garçon, quittant le rouf, se plaça sur l’avant de l’embarcation, dont la voile gonflée s’arrondissait derrière lui. L’atmosphère, très pure, laissait apercevoir les lointains horizons des Ilanos. Alors le sergent Martial d’ajouter : « Est-ce que, par hasard, nous sommes revenus dans notre cher pays de Bretagne ?… – Je te comprends, répondit Jean. Ici, l’Orénoque ressemble à la Loire…»(…)

A douze ans la planète Jupiter revient, pour achever un premier cycle, à l’emplacement qu’elle occupait dans le ciel de naissance où elle y est conjointe à la Lune, planète de l’imaginaire dont l’importance est accrue par la progression de l’Ascendant vers l’âge de douze ans, dans le signe du Cancer, son domicile. La Lune est aussi symbole de la mère. Jules Verne dit tenir son imagination du côté la sienne, Marguerite Allotte de La Fuÿe, née dans une riche famille d’armateurs, qui aime raconter des histoires et dont il dit : « l’imagination Allotte ! Il n’y a pas de locomotive Crampton, d’étincelle électrique, qui puisse lutter de vitesse avec elle. » ( Lettre à Sophie Verne 20 juin 1855). Née le 23 novembre 1800, la Lune est dans son ciel de naissance à 27 degrés du Verseau conjointe à Mercure du ciel de naissance de son fils tandis que son Soleil est en conjonction exacte avec Mars dans le thème de son fils au premier degré du Sagittaire. Originalité et fougue de l’expression se font écho dans cette filiation.

Le 8 février 1828 se lève le signe des Gémeaux à l’orient du thème de cette naissance à Nantes. Il projette son maître Mercure au Zénith sous l’éclat d’un Soleil dans le signe du Verseau. Quels meilleurs hospices pour un écrivain dont la vocation précoce se déploiera aux confins de l’univers et en toutes directions, vingt mille lieux sous la mer ou autour de la lune, quel meilleur équipage pour cet explorateur à la curiosité insatiable, inventif et original que ce Soleil né des forces ataviques d’un Nadir en Lion et rayonnant au voisinage d’Uranus et de Mercure ? C’est en résonnance avec le signe du Verseau que Jules Verne trouvera l’accomplissement de ses qualités innées. Dans tous ses écrits (Soixante deux romans et dix-huit nouvelles), dans ses engagements, dans le choix de ses personnages qui sont porteurs de ses fermes convictions, de ses intimes interrogations, le onzième signe du Zodiaque ne cesse de se révéler : la volonté d’apporter en littérature quelque chose de nouveau dont un premier roman Cinq semaines en ballons est le fer de lance, quelque chose de nouveau car bâti sur une documentation rigoureuse, géographique, historique, scientifique et écrit dans un style fluide avec un vocabulaire précis, avec l’amour de la terre, l’amour du savoir, l’amour de l’humanité emportée dans les mutations inédites du 19ème siècle. Il dit : «J’estime que j’ai eu la chance d’être né dans une période de découvertes remarquables et peut-être plus encore d’inventions merveilleuses ». Le Lion conjugue le verbe être à la première personne du singulier : « Je suis ». Son opposé, le Verseau affirme : « Nous sommes ». Le capitaine Nemo dira avant de disparaître « Je meurs d’avoir cru que l’on pouvait vivre seul ». Pour Jules Verne l’action doit servir l’épanouissement de la civilisation et non le confort personnel. Il a lu Auguste Comte et trouve dans le positivisme, dans l’idée d’ordre et de progrès une réponse à son intime conviction. Tout doit servir la cohésion d’un groupe, foi ou travail. Jules Verne n’est pas anticlérical, son ancrage dans une famille catholique pratiquante (son père s’infligeait la pénitence) affleure dans certains protagonistes comme l’écossais Ayrton dans Les enfants du capitaine Grant. Jules Verne développe à travers ce personnage l’idée de culpabilité et de rachat par le travail pour celui qui a trahi la collectivité.

Mars en Sagittaire dans un décan de piété, assoie son idée de l’engagement sur un idéal transcendant. Le Sagittaire est un fédérateur, Mars et Uranus en harmonie affirment le désir de faire évoluer les connaissances scientifiques vers le plus grand bien pour tous, de donner aux autres afin de faire évoluer le collectif. L’époque de Jules Verne est un terreau remarquable pour les savants et les ingénieurs. Ses héros sont assoiffés de connaissance et obsédés par la recherche de la vérité afin de servir l’humanité entière.

Le Verseau en carré avec le signe du Taureau et du Scorpion auxquels est rattaché symboliquement l’axe des finances, tend à négliger ce domaine s’il reste captif de l’imaginaire et de l’idéal. Avec Saturne exilé dans le signe du Cancer dans le secteur 2 opposé à Neptune en Capricorne en secteur 8, Jules Verne qui fut un médiocre agent de change, attendit un certain temps avant de pouvoir réellement assurer son équilibre financier mais la Lune maître de Saturne et conjointe à Jupiter en Scorpion en secteur 6 , adoucira cette restriction grâce à la puissance du travail de cet écrivain prolifique et surtout grâce à la rencontre avec un éditeur remarquable : Pierre Jules Hetzel. Tous les hommes cupides sont maltraités dans son œuvre. La relation à l’argent affleure dans ses romans Le volcan d’or (publié en 1906 alors que PJ Hetzel est décédé et que Jules Verne traverse la période sombre de son existence), dans Les 500 millions de la Bégum  (1879) ou encore dans L’étoile du Sud (1884).

La planète Mars au premier degré du Sagittaire tire derrière elle toutes les planètes du ciel de naissance. Elle aspecte Uranus confortant ainsi les aspects novateurs et originaux de cette planète par une énergie laborieuse tendue vers un idéal  mais aussi par le souci du réel, du concret. Dans un entretien avec Marie A Belloc, Jules Verne affirme : « j’ai toujours essayé de rendre mes romans, même les plus délirants, aussi réalistes que possible ». Ce réalisme trouve son expression dans la minutie avec laquelle Jules Verne construit ses récits, minutie étayée par une documentation solide récoltée dans la presse et auprès d’experts.  Le discernement de Mars contrôle l’abondance de l’imaginaire de la Lune conjointe à Jupiter en Scorpion sans en amoindrir l’audace allant même jusqu’à l’ouvrir vers une conscience cosmique. Lecteur insatiable, Jules Verne aurait-il lu le livre Cosmos de l’explorateur et géographe Alexander Von Humboldt publié à Berlin en 1845. Ce dernier étant à la recherche d’une relation nouvelle entre l’être humain, la Terre et le Cosmos, considérait le voyage comme plan de vie et plan de travail. N’est ce pas dans ce même esprit que Jules Verne nous fait le récit d’expéditions à la fois romanesques mais toujours portées par un dessein de progrès et d’amélioration de la condition humaine.

Jules Verne

Jules Verne

La planète Vénus occupe le deuxième décan du signe des Poissons dans le secteur 11. Elle favorise les sympathies, les appuis, les protections, par la relation avec le onzième signe, le Verseau, par le trigone à Lune Jupiter et à Saturne. Tant de rencontres ont nourri la créativité de Jules Verne : Celle avec Jacques Arago, passionné par la géographie et l’astronomie, aventurier porté par l’esprit des encyclopédistes que la cécité n’a pas empêché de sillonner le globe, celle avec l’œuvre d’Edgar Allan Poe surtout pour Les aventures d’Arthur Gordon Pym auquel il écrira une suite dans Le sphinx des Glaces.(1897) et surtout la rencontre avec Pierre Jules Hetzel qui sera son unique éditeur, père idéal pour lequel il signe son courrier : « Jules Verne celui que vous avez inventé ».

A Suivre…

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Quatuor pour un seul signe : le Verseau – W A MOZART

Wolfgang Amadeus Mozart

Sénèque : «  La vie n’est pas trop courte, c’est nous qui la perdons » (De Brevitate Vitae).

Fulgurance et brièveté se sont-elles accordées pour donner le juste tempo à la vie de Mozart ? Trente cinq longues années pour ne pas perdre sa vie, trente cinq années trop courtes pour déployer toute son envergure jusqu’au reploiement final dans un sublime requiem.

Mardi 27 janvier 1756, 20 heures, à Salzbourg, Léopold Mozart arrive juste à temps pour accueillir son septième enfant, un garçon. La constellation de la Vierge apparait à l’horizon oriental, celle des Gémeaux est au Zénith. Chacun confie l’astre régent qui leur est commun, Mercure, messager des dieux, au signe du Verseau, à la lumière d’un pâle Soleil d’hiver conjoint au sombre Saturne, astre du temps et de la connaissance. Mercure-Hermès entrelace deux force serpentines, l’une diurne, l’autre nocturne et ouvre ses ailes à la conscience cosmique, à la guérison de l’âme.

Savoir ce que l’on veut, savoir ce que l’on vaut ne peut advenir sans l’expérience de l’altérité qui s’éprouve à l’occident d’un ciel de naissance, à l’endroit où décline le soleil, où s’incline l’égo. Verseau saturnien, vulnérable et consentant à un labeur incessant, infatigable, mais Verseau uranien (Uranus au descendant dans le signe des Poissons), éruptif et rebelle rejetant toute entrave à l’expression de son génie, Mozart réconcilie dans sa création musicale l’ancien et le nouveau pour l’emporter plus loin, plus haut.

Au minuit du ciel de ce 27 janvier, la Lune est en Sagittaire. Mozart s’y arrache à la mouvance du monde, il puise au Nadir des ressources sensibles, imaginaires, chtoniennes que Mars au plus haut du ciel dans le domicile de la Lune, le Cancer, entreprend de glorifier, s’insurgeant et se soulevant douloureusement, chutant et se relevant sans cesse afin d’accomplir le désir primordial d’un Soleil en Verseau qui regarde Neptune en Lion et recueille dans sa coupe offerte l’éclat d’un intarissable élan créatif.

L’empreinte astrale est aussi individuelle que celles qui s’inscrivent au bout de nos doigts avant même notre naissance. Comme pour ces dernières, le hasard y tient sa part mais pour la première il est d’autres influences qui vont en imprimer les contours : sources ataviques, paysage relationnel, éducation, environnement historique, idiosyncrasies complexes mêlant corps et esprit.

Anna Maria, la mère de Mozart est née dans une famille de musiciens, elle aime et connait la musique, Léopold, le père est un musicien très cultivé, il est l’auteur d’un très apprécié essai sur le violon. Il se voudra le seul et unique conseiller de son fils dont il a repéré avec émerveillement les dons exceptionnels : mémoire eidétique, capacité à composer.  Dans le ciel de naissance de Mozart, Mars en secteur 10 au trigone de Vénus dans le dernier décan du Verseau en secteur 6, donne toute la mesure de cette direction paternelle dans la carrière et l’apprentissage de son enfant. Pourtant le mouvement rétrograde de Mars, sa position de chute en Cancer, si elle n’empêche pas l’affirmation de soi, la rend tributaire de l’affectivité, de l’émotionnel et de l’emprise des forces inconscientes d’une Lune sous l’horizon en Sagittaire qui retient sous la cendre, le feu insurrectionnel attendant l’heure de sa libération. L’enfant Mozart sait ce qu’il doit à son père, il le situe au plus haut et clame : « Tout de suite après Dieu, il y a mon Papa ». Des sept enfants du couple, seuls survivent Maria Anna, la quatrième de la fratrie puis Wolfgang le dernier. Maria Anna surnommée Nannerl est elle aussi exceptionnellement doué pour la musique. Les deux enfants s’adorent, Nannerl est née sous le signe du Lion le 30 juillet 1751. Son Soleil à 6 ° du cinquième signe diffuse sa lumière sur Neptune du thème astral de ce frère qu’elle aime et admire et dont elle relate tous les exploits musicaux. Leur échange est à la fois tendre et flamboyant. Plus tard, les aléas de la vie, l’usure des âmes et des corps, changeront cette admiration en jalousie puis en indifférence. La famille tellement unie dans la création et le désir de réussite, se disloquera lorsque Mozart détrônera son père, Uranus prenant la manœuvre et le conduisant à Vienne.

La Lune au Sagittaire rejoint en progression le Soleil au Verseau dans la troisième année de l’enfance de Mozart. A 10° du signe, éclairant le secteur 5, à l’opposé de Neptune en Lion, la veine créative est là, tellement vitale, tellement intense que l’enfant, ensorcelé par le son du clavecin  où s’exerce sa sœur, demande à grands cris à en jouer lui aussi ! La vocation est en place, la source prête à s’épancher et à grandir, rigoureusement et jalousement protégée par Léopold Mozart qui renonçant à son ambition personnelle, se donne pour mission de montrer au monde son « miracle » Wolfgang : «  Ce n’est pas une de mes moindres joies que d’avoir entendu un voltairien me dire, après avoir écouté le jeu de l’enfant : « Maintenant j’ai vu un miracle dans ma vie et c’est le premier ! »  (Lettres des jours ordinaires). Il sait être le père de deux enfants prodiges, il entrevoit la fortune qui peut lui en échoir tout en sachant que l’enfance est éphémère et qu’il faudra que le charme de la virtuosité  se transforme afin de durer.

 

Mozart père et ses deux enfants. Carmontelle.

Mozart a bientôt sept ans, La Lune natale vient à la conjonction d’Uranus révélant à la société de son temps, empereurs et rois, le talent hors norme de l’enfant musicien, déjà compositeur, prodigieux interprète au clavecin, au violon et à l’orgue. Sept ans c’est aussi le cycle du carré de Saturne à sa position natale, Jupiter, Saturne et Uranus se retrouvent en Bélier dans un secteur de renouvellement, de transformations lucratives mais aussi formatives avec pour chef d’entreprise, Léopold Mozart dont l’ambition est d’établir la réputation de son fils dans l’Europe entière. Une longue tournée qui durera  presque  quatre ans, de 1763 à 1766, offrant à un public subjugué le spectacle de deux enfants, Wolfgang et Nannerl qui font tourbillonner les notes, s’amusent et s’émerveillent de tout ce qu’ils découvrent, voyages néanmoins dangereux (la guerre de Sept Ans à peine achevée dans une paix fragile) à travers l’Allemagne, la France, la Belgique, la Hollande, l’Angleterre, la Suisse…voyages épuisants  pour ces jeunes enfants qui seront gravement malades à plusieurs reprises.

A Paris c’est le claveciniste Johan Schobert qui influence le jeune Mozart et dont il s’inspirera pour ses propres sonates et concertos, à Londres c’est Johan Christian Bach fils cadet de Jean Sébastien qui devient un modèle à égaler puis à dépasser. Il lui fait découvrir le pianoforte et l’opéra. Il n’aura de cesse d’en composer un et réalisera son désir à l’âge de 12 ans. Durant ce long séjour loin de sa ville natale, Mozart a appris à parler quatre langues et l’Europe est devenue sa patrie. Pour Jacques Doucelin musicologue « Mozart c’est l’enfance de l’Europe, celle de l’esprit qui a précédé de deux siècles celle des marchands ».

De retour à Salzbourg, les changements sont conséquents pour la famille. L’enfant prodige a largement contribué à une nouvelle aisance : voiture, domestiques, changement de domicile pour un appartement seigneurial de huit pièces près du théâtre dont Mozart adolescent ne manquera aucun spectacle. Le père est comblé affectivement et financièrement. Mozart a-t-il conscience qu’il est à l’origine de cette abondance ? Sa vie est tellement fusionnelle avec celle de son père, Saturne conjoint à son Soleil en Verseau galvanise ce qui est essentiel pour lui, la musique,  il exprime l’ascèse consentie pour atteindre les sommets où le père puisse contempler sa splendeur. Mais sur le plan matériel, père et fils n’auront jamais les mêmes appétits. Le thème natal de Léopold présente un amas planétaire dans le signe du Scorpion en opposition à Neptune en Taureau, axe névrotique tendu entre possession et dépossession, peur de manquer et avidité, préoccupations qui seront étrangères au Verseau Mozart, mauvais gestionnaire gagnant et dépensant sans compter.

A Suivre…

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Quatuor pour un seul signe : le Verseau – Eugène Viollet-le-Duc

Eugène Viollet-le-Duc

Un thème horoscopique est une cathédrale. Il est érigé d’après des calculs astronomiques, architecture  du ciel posée sur la terre, espace temps de notre destin mais aussi de notre libre arbitre , construit sur deux axes essentiels, horizontal et vertical autour desquels s’organisent des niches où cheminent les planètes comme autant de chapelles, recueils de nos pensées, de nos sentiments, de nos émotions, de nos sensations, outils de transformation, de restauration, arcs boutants pour notre condition d’humains perdus dans le labyrinthe de nos peurs, de nos conflits, de nos doutes, naufragés dans la crypte de nos inconscients mais invités à une émergence vers un chœur de lumière, lieu de la sublimation et du sens.

                                                                                   Le sens, Viollet- le- Duc le trouve très vite, hors des sentiers battus et des demi-mesures. Il naît le 27 janvier 1814 à 21 heures, à Paris. Le Soleil est en Verseau. Viollet-le-Duc en exprimera les deux versants : Saturnien par la conjonction de Mercure maître de l’Ascendant Vierge, côtoyant Saturne dans le signe du Capricorne, Uranien par la position d’Uranus en Sagittaire, bandant son arc vers un idéal de progrès, de transmission des savoirs dans un esprit flamboyant sous tendu par une insatiable, épuisante et scrupuleuse quête, éprise de perfection par la présence de Jupiter dans le signe de la Vierge. A 18 ans il écrit dans son journal : « Je sens en moi de quoi faire quelque chose… Je vois qu’il est dans ma destinée de tailler mon chemin dans le roc, car je ne pourrai suivre celui pratiqué par les autres. » Cette conviction précoce est bien le sceau d’une alliance qui s’avérera souvent difficile entre les forces constructives et structurantes de Saturne et les mouvements insurrectionnels d’Uranus. Le premier puisera dans le signe du Capricorne, son domicile, la ténacité, la patience et la longanimité  nécessaires à ses entreprises de restauration des monuments français, tandis que le second donnera à sa pratique l’originalité  et  l’audace  nécessaires pour graver dans les vestiges du passé, la trajectoire d’un avenir que l’adolescent dessine déjà comme un progrès nécessaire pour l’humanité. A 17 ans il est déterminé à ne jamais intégrer l’Ecole des Beaux Arts. Il écrit : « L’école est un moule à architecte ; ils en sortent presque tous semblables. » L’école des beaux Arts lui tiendra longtemps rigueur de sa position indépendante et critique. Le projet pédagogique de Viollet-le-Duc qui devient enseignant très jeune, repose sur des convictions éclairées par des connaissances recueillies dans des livres mais surtout dans des voyages d’étude. L’axe du secteur 3 au secteur 9, axe de la pensée, des voyages,  de l’enseignement reçu et transmis, met en relation le maître du Taureau et de la Balance, Vénus,  planète des arts avec Mars en Bélier conjoint à la Lune maître des secteurs 10 et 3, tandis qu’Uranus et Neptune occupent le secteur de la communication et de l’échange dans un signe fédérateur, le Sagittaire.

La famille de Viollet- le- Duc  réside dans un immeuble de la rue Chabanais dans le quartier Richelieu-Palais Royal à Paris. Le couple parental tient un salon tous les vendredis, Eugénie la mère de son côté et Emmanuel le père, dans sa bibliothèque tandis que l’oncle Etienne reçoit les dimanches dans son « Donjon ».A 10 ans à peine Eugène Viollet-le Duc est immergé dans un bain de culture. Son oncle maternel lui apprend le dessin, à 11 ans il possède la technique d’un maître. La bibliothèque familiale lui fournit les ouvrages nécessaires pour étayer sa vocation. On y trouve entre autres livres techniques, la bible des architectes le De architectura de Vitruve et les carnets de Villard de Honnecourt. Le jeune homme y trouve le fil à plomb de sa pratique future : une approche rationnelle de l’architecture apparaissant en filigrane sur l’Ascendant dans le signe de la Vierge qui projette Mercure vers Saturne dans le signe du Capricorne en secteur 4 où s’expriment les attaches radicales, le sol, la tradition ancrée dans le patrimoine, l’atavisme, le retour aux sources. Emmanuel Viollet- le- Duc, père d’Eugène occupe des fonctions au patrimoine national ; Père et fils sont très complices. Soleil et Saturne consonnent dans leur affinité pour l’art gothique, pour la littérature et dans une admiration réciproque, indéfectible.

En 1825 la France prend conscience du péril qui menace les monuments du passé et Alexandre Lenoir  défend les tombeaux des rois à saint Denis, il invente la notion de « monuments historiques ».En 1831, date de la publication du plaidoyer de Victor Hugo pour Notre-Dame de Paris, lieu de la « première grande émotion artistique » de Viollet le Duc lors d’un concert d’orgue, le jeune homme de 17 ans voyage avec son oncle Delécluze, artiste peintre et critique d’Art, fils de l’architecte Jean Baptiste Deléscluze. Ils traversent l’Auvergne, montent au Puy de Dôme. Eugène découvre la montagne qui devient pour lui une passion essentielle, son oncle lui explique la  géologie en lien avec l’architecture. Le jeune homme dessine sans la moindre retouche, les panoramas traversés. Mercure conjoint à Saturne en Capricorne concentre  déjà toute la dextérité, l’habileté, la précision et le sens des structures que le futur architecte aura à sa disposition. Vénus dans le signe des Poissons y ajoute le talent artistique. Ce premier voyage en compagnie de cet oncle attentif et avide de propulser son neveu vers la réussite, se poursuit vers le Puy en Velay, Lyon, St Etienne, Orange, Avignon, Nîmes, Marseille, Toulon, Hyères. A son retour il reprend ses études dans l’atelier de l’architecte Leclère mais la signature Verseau et Uranus en Sagittaire exacerbent son refus des contraintes. Saturnien aussi, il avoue : « que les hommes réunis sont vilaine chose ». Pourtant il aimera plus que tout travailler avec ses artisans. Verseau  Ascendant Vierge, il ne progresse pas en solitaire, il aime les équipes qui travaillent en se parlant et auxquelles il fournit des herbiers pour inspirer la taille des chapiteaux, les amenant à retrouver les gestes et les outils d’un Moyen Age qu’il vénère tant, taillants brettés ou taillants droits selon l’effet recherché, choix géologiques en harmonie avec l’ancien, toitures romaines ou tuiles glaçurées dont il harmonise les couleurs avec le paysage. Viollet-le Duc invente sa méthode, il observe, il connaît les matériaux, il expérimente, travaille avec des entrepreneurs, les frères Durand, pour la restauration de la flèche de la cathédrale d’Amiens ou bien pour la sacristie de Notre Dame. Il affirme que la raison, Mercure, conduit à l’Art, Vénus. En une phrase s’exprime l’alliance entre progrès et tradition, invention et respect du passé : « Restaurer un édifice c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné », paradoxe qui lui vaudra des reproches et qu’il nuancera en soulignant qu’il faut prendre en compte chaque cas particulier.

A suivre…

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Quatuor pour un seul signe : le Verseau – Virginia Woolf

 Virginia Woolf

A quoi bon poser un diagnostic sur le mal être psychique dont Virginia Woolf a souffert et sur lequel elle s’est exprimée longuement car il fût un écueil incontournable, combattu ou apprivoisé  mais jamais surmonté sauf peut-être, à la fin de son existence, par un acte définitif et courageux ? A-t-on besoin de savoir qu’elle était bipolaire, peut-être, ou maniaco-dépressive ou schizophrène ou plutôt mélancolique comme le seraient les êtres humains exceptionnels  selon l’étude qu’en ont faite Raymond Klibansky, Erwin Panovsky et Fritz Saxl dans un ouvrage collectif intitulé « Saturne et la mélancolie » ?


Il faudra donc regarder du côté de cet astre, examiner sa position céleste dans le ciel de naissance de l’écrivaine anglaise, noter ses aspects et ses cycles ainsi que son incidence sur l’œuvre de Virginia Woolf  mais il faudra aussi se tourner vers un Soleil éclaboussant le zénith de sa lumière hivernale et vers Vénus qui l’escorte, éblouie et aérienne, guidant le chariot des planètes, répondant à l’appel de l’idéal artistique, de la création  quoi qu’il en coûte. Il faudra également considérer l’obstruction invincible d’une présence planétaire en secteur 12, surtout la Lune conjointe à Saturne qui porte l’élan du Bélier vers le sacrifice final, si l’on conçoit que  « Toute psychologie est la recherche d’une fatalité intérieure » (André Malraux).  Sur l’horizon oriental du thème, il y aura la rencontre avec le signe printanier des Gémeaux, la présence galvanisée mais vacillante de Mars y brandissant son bouclier d’airain  vers le seul combat qui fasse sens pour cette femme fragile et puissante : la défense des mots, leur capture impossible, leurs alliances improbables, leur magie incomparable, leur musicalité essentielle  lorsqu’ils résonnent plus fort que le silence et dont elle dit peu de temps avant de rendre les armes : « Je sens dans mes doigts le poids de chaque mot ».

Virginia Woolf by George Charles Beresford, platinum print, July 1902


A l’Ascendant, les Gémeaux dont Virginia Woolf exprime le côté facétieux, espiègle, vif et sociable, expression zodiacale duelle, inscrite dans sa complexion délicate, dans ses humeurs oscillant de l’exaltation créative à des périodes de dépression profonde, sachant aussi saisir les instants poétiques, récoltés à fleur de peau puis épinglés tels des papillons irisés sur les pages de ses plus beaux ouvrages, instants vécus et retournés comme un gant soyeux du dehors au-dedans, du dedans au dehors mais aussi, congénitalement inscrits dans ses origines anglaises, l’amour de la nature et des paysages qu’elle parcourt à pied quotidiennement.  Les écrits, l’art de la conversation, les bibliothèques, l’édition, la dextérité manuelle, la lecture, l’agilité orale sont autant de talents et de domaines attachés au signe Ascendant, à Mercure  et au secteur 3 qui lui est associé. Arlequin aux multiples facettes, elle dit : « Nous sommes zébrés, bariolés, comme une étoffe mélangée dont les teintes auraient coulé ». Elle créera avec son mari, une maison d’Edition, la Hogarth Press, elle sera la fondatrice avec sa sœur Vanessa du cercle Bloomsbury, groupe d’intellectuels et d’artistes brillants, elle pratiquera la reliure, la broderie, combinant les fils de couleurs comme elle tisse les mots entre eux, elle en séduira plus d’un et plus d’une, par le charme de son expression, improvisant sur des thèmes multiples construits sur une solide culture.
Ecrire est un appel précoce concrétisé dans un premier journal d’adolescence, âge mercurien, repris à la maturité et multiplié en plusieurs cahiers où elle  analyse ce qu’est l’acte d’écrire et où elle consigne en détail sa vie intime, sa vie sociale, ses tourments psychiques aussi. L’accès sans condition à la bibliothèque de son père est une compensation car elle n’est pas allée à l’université.  Elle lit la littérature française, russe, allemande et Shakespeare surtout.  Mercure est au plus haut du ciel en Verseau sous les rayons d’un Soleil dans ce même signe. Toute son énergie, sa raison de vivre, de survivre, est là.  Pourtant le Verseau recevant le Soleil et Mercure, tout en mettant l’accent sur le désir de valorisation de soi, déplace son centre de gravité vers les autres. Virginia Woolf craint que son originalité et sa différence ne soient pas reconnues. C’est  pourquoi à chaque ouvrage achevé, elle redoute tant la critique. Mercure est au carré de Jupiter et de Neptune en Taureau dans un secteur 12, au quinconce d’Uranus en secteur 5 donc dans le secteur 8 par rapport à son domicile, il signe l’instabilité psychique, la difficulté à se reconnaître une légitimité et en quinconce à Uranus, une sensibilité psychique aiguë soumise à des déflagrations inattendues, son « irrational pain » (douleur irrationnelle). Cette vulnérabilité s’inscrit aussi dans la position des deux astres régents du Verseau : Saturne freine l’expression de la Lune en Bélier qui a maîtrise sur le secteur 3, et Uranus est dans le signe de la Vierge dans un secteur créatif où il est limité, soucieux de perfection mais très insécurisé. Elle écrit dans un contexte de servitude car sa santé psychique dépend mais aussi conditionne ses moyens de créations. Elle le sait et affirme : « …Nothing is real unless I write it » (« Rien n’est réel que je ne l’écrive»).

 

A suivre

 

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Mes rendez-vous imaginaires : MATISSE

MATISSE à VENCE

Presque tous les matins en ouvrant les volets de notre chambre face à la villa « le rêve », j’avais une pensée pour Henri Matisse qui y vécut pendant les sombres années de la deuxième guerre mondiale.

La belle biographie qu’Hilary Spurling consacre au peintre et dont je termine la lecture a ravivé les couleurs de mon imagination. Matisse revit pour moi dans cet environnement qui a été le mien pendant treize années.

Très affaibli à son arrivée dans cette maison que tous les visiteurs amis trouvèrent modeste, presque insignifiante (alors que sous mon regard, embellie par la présence du maître, elle me paraissait unique et poétique), accompagné par la fidèle Lydia, son modèle devenue sa secrétaire et son ange gardien, Matisse s’enferme dans la pénombre et travaille surtout la nuit, ses yeux sont fatigués par la tension nerveuse accumulée par tant d’années consacrée à une création intranquille. La gravure sur cuivre, la linographie, lui ont permis une nouvelle dextérité. Il ne peint presque plus, les ciseaux, le papier, les crayons de couleurs lui permettent une rapidité d’exécution prodigieuse.

J’aperçois Picasso et sa jeune compagne Françoise Gilot qui viennent lui rendre visite et assistent à une séance de découpage. Comme dans une volière où les oiseaux que Matisse aimait tant, feraient virevolter leurs plumes dans une danse endiablée, l’artiste d’un geste sûr et spontané découpe des formes qu’il assemblera ensuite sur les murs de son atelier. Françoise Gilot dira : « Nous étions envoutés, le souffle coupé ». Matisse leur confie au sujet de ses papiers découpés : « c’est une sorte d’équivalence linéaire, graphique, de la sensation de vol ».

La villa « Le rêve » et la ville de Vence furent quelques temps le havre d’une préparation intense dont l’apothéose sera La Chapelle du Rosaire. Tandis que le ciel gronde, sillonné par les avions de guerre, que ses amis sont loin et ses enfants emportés par la tourmente du conflit, Matisse septuagénaire puise sans relâche dans un regain d’énergie d’autant plus intense qu’il sait son temps limité par son état de santé.

Marguerite arrive à Vence à la mi-janvier 1945 ; Je devine sa silhouette à travers les persiennes. Pendant quinze jours, tous les après midi, sa fille adoptive, celle de ses enfants dont le jugement pertinent mais souvent sévère sur l’œuvre de son père fût  le plus apprécié de ce dernier, va lui faire le récit des tortures qu’elle a subies pendant son incarcération à la prison de Rennes, sa mort imminente et sa tentative désespérée de suicide, laissant son père dévasté par le récit de la cruelle expérience de sa chère fille engagée dans la résistance.

Une jeune femme se présente au portail de la villa. Matisse et Lydia l’accueillent avec générosité. C’est Annelis Nelck, artiste peintre venant demander conseil au maître. Ce dernier la prendra sous son aile, lui offrira de précieux conseils de peinture, lui trouvera des acheteurs pour ses œuvres mais aussi l’aidera à structurer sa vie.

Le printemps illumine le jardin de la villa, les palmiers n’on jamais été aussi majestueux. Léon Vassaux le plus ancien ami de Matisse vient séjourner à Vence. Sur la terrasse je les entends échanger des souvenirs tout en dégustant une soupe à l’oignon arrosé d’un alcool de leur  Nord natal. Plus tard il rapportera à Matisse un médaillon en argile, la première sculpture que fit Matisse de son modèle Camille Joblaud, la mère de Marguerite.

En juillet 1945, Matisse quitte la paix de Vence pour un séjour de 4 mois à Paris. Si longtemps incompris, le voilà maintenant hissé sur un piédestal. Paris lui paraît infernal, il retourne à Vence et reprend la peinture.

Aragon revient le voir en 1946 ébahi par la profusion de nouveaux tableaux exposés dans le sombre atelier. Bonnard au Cannet, Matisse à Vence se vouent une admiration étonnée, trouvant l’un chez l’autre un traitement des couleurs qui les bouleverse. Ils échangent leurs œuvres pour mieux se comprendre encore.

Pour Matisse, Vence est un lieu de retraite, de distanciation dont il a toujours eu besoin lorsqu’il traversait une crise dans sa recherche. L’hiver ne lui a jamais été favorable : grippe, fatigue, fièvre revenaient de manière saisonnière, ralentissant en partie son travail.

La nuit la lumière reste allumée car il ne dort guère. Se souvenant de son séjour à Papeete, il découpe dans du papier  les éléments d’un lagon imaginaire. Il remplit aussi un carnet avec un seul motif, une feuille de chêne, assis dans son lit parsemé de feuilles mortes. Parfois je le devine penché au dessus des acanthes  aux contours dentelés qui poussent devant le portail de la villa.

Janvier 1946, ses amis s’en vont Bonnard meurt au Cannet et Marquet lui dit un dernier adieu.

J’entends des cris joyeux dans le jardin. Les cinq petits enfants de Matisse lui rendent visite. Il les aime tant ces jeunes êtres qui lui survivront, poursuivront son œuvre, peut-être, la comprendront mieux que ses contemporains, sûrement. Avec Picasso ils parlent souvent de leur postérité.

L’été 47 promet d’être magnifique comme celui de 2017 où je m’essaie à l’aquarelle dans les jardins de la maison Lacordaire à quelques pas de chez moi. Matisse retrouve un ancien modèle, Monique Bourgeois. Entrée au couvent, elle réside désormais chez les dominicaines qui dirigent une maison de convalescence. Matisse n’a jamais autant peint depuis trois ans mais il aspire à autre chose de plus grand, de plus monumental.

Aujourd’hui c’est dimanche et je vois passer devant la courette de mon domicile, les fidèles habitués de la messe à la chapelle du rosaire. Une silhouette m’est particulièrement familière, celle d’un médecin de Vence qui ne rate pas un office. Je le regarde, tout absorbé par sa méditation,  visage émacié entouré d’une barbe bien taillée, pas alerte et régulier, vêtements sombres sans fantaisie. Une signature saturnienne me dis-je.

Quatre décembre 1947, le frère dominicain Louis Bertrand Rayssiguier âgé de 27 ans,  en séjour au foyer Lacordaire vient de franchir le portail de la villa « Le rêve », il est envoyé par Sœur Jacques Marie, Il ne connaît pas grand-chose de l’Art mais il est époustouflé par ce qu’il découvre : « Je serais très à l’aise en disant mon office dans votre atelier, et même beaucoup plus à l’aise que dans bien des églises » puis, au bout d’un an de collaboration avec Matisse : « Je me sens de moins en moins gothique et de plus en plus Matisse ». Une chapelle conçue par Matisse, voilà le grand œuvre dont il rêve depuis longtemps. Une maquette prend forme sous la risée des sœurs Lacordaire. Matisse et le frère Rayssiguier projettent en quatre séances les détails de la chapelle. Matisse travaille jour et nuit aux vitraux, se rend par deux fois à Antibes pour voir une exposition d’assiettes et de pots décorés par Picasso. Lui vient l’idée d’un mur de carreaux blancs émaillés sur lesquels il tracerait des sortes de graffitis et qui jouerait avec la lumière colorée des vitraux.

A Paris Matisse rencontre le père Marie Alain Couturier, très impliqué dans la réforme de l’art religieux. C’est pour Matisse un appui exceptionnel. Ensemble ils se rendent à la verrerie mais aussi à Notre Dame. Il posera pour le Saint Dominique de la Chapelle.

De retour à Vence, Matisse s’épuise dans son projet. Il voudrait que ce soit un lieu d’espoir et de repos. Il voudrait … « faire monter les gens au dessus du commun, du courant ». Il crée une sorte de théâtre, boite expérimentale  et met en scène le décor de la chapelle, il cherche à reproduire pour ses vitraux le bleu sulfurique d’une éruption volcanique, enfin il le trouve ce bleu exceptionnel. Il cherche aussi un jaune particulier, il s’attache au moindre détail, étudie les possibilités techniques des matériaux.

Mais bientôt la villa « le rêve » s’avère trop exigüe pour accueillir la préparation de la Chapelle et Matisse déplace son « atelier usine » à Nice, au Régina où il a travaillé avant la guerre.

Je me rends à la chapelle du Rosaire, d’abord je la contourne et la contemple depuis le chemin Sainte colombe. Les tuiles bleues, la croix et la cloche que j’entends sonner, m’invitent à m’y rendre une fois encore. Je pense à Matisse qui disait avoir lancé son projet avec toute la volonté farouche et l’exigence dont il a toujours fait preuve tout au long de sa vie et s’en détacher à la fin.  Il avait tant redouté sa fermeture. Aragon disait que les communistes au pouvoir en feraient une salle de bal. Matisse sera absent le jour de l’inauguration le 25 juin 1951. Il passera les étés 53/54 dans une villa proche de Vence, seul avec Lydia qui ne l’a jamais quitté.

La villa « le rêve » a refermé ses volets sur un pan de la vie du peintre. Il a suffit d’un livre pour lui redonner vie et m’ouvrir un champ immense de compréhension de son œuvre. Matisse s’est éteint le 3 novembre 1954. Lydia s’en est allée avec sa valise prête depuis tant d’années et tant de fois remise dans le placard car elle ne pouvait pas abandonner cet être au caractère difficile, tyrannique mais tellement généreux qui avait donné un sens à son existence.

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Quatuor pour un seul signe : Le Capricorne – Paul Cézanne

PAUL CEZANNE

Temps et lieu coordonnés mathématiquement suffisent à ériger un thème astral mais autant un GPS tout en nous orientant, ne nous dira rien du paysage traversé, de ses nuances, des promenades auxquelles il nous invite, autant un ciel de naissance et ses coordonnées célestes et terrestres, ne nous révèlera rien de la singularité de l’être qu’il identifie avant que nous n’ayons longuement exploré son énigme, ce qu’il cache ou met en lumière au cœur des planètes porteuses de mythes, sises en un lieu qui exalte ou au contraire entrave leur expression, témoins des vicissitudes de nos courtes vies, alliées de notre progression aussi.

Le 19 janvier 1839 à 1h du matin en un lieu vers lequel il reviendra sans cesse, Cézanne vient au monde dans une famille bourgeoise d’Aix en Provence, sous le signe du Capricorne. Son ciel de naissance regroupe la majorité des planètes dans l’hémisphère oriental, Cézanne se soucie peu de plaire, il ne compose pas avec les autres, il explose et s’esquive, se replie orgueilleusement loin des mondanités parisiennes.  De la Vierge au Poissons se déploient les nuances de ce caractère déroutant. Du sixième signe zodiacal qui accueille le maître de l’Ascendant, il a l’inquiétude, le sens critique, la lucidité, l’amour des gens humbles, de la Balance où se place Jupiter en opposition à Pluton la difficulté à s’associer, à s’installer dans une légalité conjugale, dans un conformisme social, du Sagittaire où se situe Saturne, l’aspiration à s’élever en organisant ses connaissances dans l’indépendance et l’audace, du Capricorne il exprime la lenteur et l’obstination silencieuse  mettant en synergie les planètes Mars et Saturne régentes de ce signe, du VerseauVénus fusionne avec Neptune, l’originalité de sa recherche picturale, le désintéressement pour les questions financières, le besoin d’amitié, l’attirance pour la lumière et les couleurs qu’elle diffracte, des PoissonsLune et Uranus  s’exaspèrent, une sensibilité à fleur de peau qui le ferme à ce qui n’est pas essentiel pour lui et lui fait préférer la solitude et le silence…. « Pas un bruit, pas une présence dans les paysages de Cézanne. Même quand il peint un village, c’est-à-dire un lieu habité et non un paysage désert, il semble qu’une catastrophe ait incompréhensiblement vidé les maisons de leurs habitants, et que les constructions, pourtant édifiées pour et par les hommes, retournent à l’inhumanité primitive des choses ». (Jacques Darriullat – Cézanne et la force des choses).

Autoportrait de Cézanne – 1880 1881

Assis face à son olympe, la montagne Sainte-Victoire, Cézanne regarde avec effroi le Scorpion qui se dresse à l’horizon oriental. Il ne cessera d’en exprimer la nature puissamment créative, extirpée à force d’entêtement du gouffre de la rage profonde qui engloutit ses toiles, les déchire, les néantise, épaves abandonnées aux rafales du mistral, au tourment d’une âme coléreuse tendue vers un absolu, lequel ?

L’Ascendant est encadré par Jupiter et Saturne le premier ayant maîtrise sur le second et ce dernier étant en affinité avec la Balance. Dans ce voisinage fécond et solide, Cézanne puise la continuité de son effort, le besoin de structurer sa recherche selon une exploration intérieure continue au service d’un projet pictural qui semble lui échapper sans cesse mais qui est solidement ancré dans l’admiration des œuvres passées, dans la dévotion à des peintres qui lui ouvrent la voie. Il ne se lasse pas de méditer sur leurs procédés picturaux, sur leur manière de traiter la couleur dont il dit qu’elle « est le lieu où notre cerveau et l’univers se rencontrent ». De Courbet il dit à Joachim Gasquet son ami poète et critique d’Art : « C’est un bâtisseur…sa palette sent le blé.. ». L’Olympia de Manet l’enchante, les peintres italiens ont sa prédilection, les vénitiens et les napolitains surtout, Chardin est son maître pour les natures mortes, Delacroix aussi, dont le somptueux bouquet de fleurs, acquit par Cézanne  accompagnera sa contemplation crépusculaire, Courbet bien sûr : « Dans la massive muraille rocheuse des combes du Jura, dans l’écroulement cyclopéen des falaises, des cascades et des ravins, tels que Courbet a su les voir, tels que ses admirables paysage ont su nous les révéler, ces paysages qu’il intitule parfois lui-même « Etude géologique »(1864) n’est-ce pas déjà la Sainte Victoire de Cézanne qui s’annonce, sa présence colossale et muette ? »(Jacques Darriulat).

Saturne structure, Saturne élague, il creuse jusqu’à l’os, Cézanne lui obéit, à la recherche de la genèse du massif provençal. Il connaît les âges géologiques ;  As-il lu  Camille Flammarion et son Astronomie populaire (1880) ou bien Jules Verne et son Voyage au centre de la terre » qui est un retour vers les âges archaïques de notre planète ? De qui tire t-il sa science ? D’Antoine Fortuné Marion son ami professeur et directeur du Musée d’Histoire naturelle de Marseille avec qui il parcourt la Vallée de l’Arc, peintre lui aussi et surtout convaincu cinquante ans en avance du génie de son camarade. Il lui explique les ères géologiques jusqu’à la formidable surrection de la Sainte Victoire.

                                           La montagne Sainte Victoire vue des Lauves

Cézanne expérimente, il se bat pour faire plus avec moins, Mars et Saturne s’épaulent à la recherche d’une vérité que le peintre sait être son chemin, son originalité. Paul Valery exprime ainsi cette lutte artistique : « Le véritable artiste invente et s’impose des problèmes d’ordre supérieur incompréhensibles à la plupart des gens ». Mercure est en secteur 3 attribué aux moyens d’expression et de création, à la pensée ; son maître Saturne est en Sagittaire signe connecté au lointain, à l’au-delà, à l’inaccessible :Cézanne a voulu « remettre l’intelligence, les idées, les sciences, la perspective, la tradition, au contact du monde naturel qu’elles sont destinées à comprendre, confronter avec la nature, comme il le dit, les sciences « qui sont sorties d’elle » (Merleau Ponty – Le doute de Cézanne). Même empreinte de Saturne par le geste suspendu dans une concentration qui pouvait durer une heure avant qu’il ne pose une touche de couleur sur sa toile, la méditation s’achevant d’un coup : « Je tiens le motif » disait-il. Ou encore : « Je procède très lentement, la nature s’offrant à moi très complexe, et les progrès à faire sont incessants. Il faut bien voir son modèle et sentir juste. Et encore s’exprimer avec distinction et force ». (Lettre à Bernard, 12 mai 1904). Empreinte aussi de Vénus conjointe à Neptune, dans l’absorption du peintre qui tel une « plaque sensible » regarde et est regardé en même temps par le motif, tant il « germine » avec le paysage qui l’absorbe et qu’il délivre. Il dit à Emile Bernard : « Peindre d’après nature, ce n’est pas copier l’objectif, c’est réaliser ses sensations ».

Temps et Lieu dessinent un destin……..

A SUIVRE

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Quatuor pour un seul signe : le Capricorne : Simone de Beauvoir

Simone de Beauvoir

Les « mémoires d’une jeune fille rangée » de Simone de Beauvoir commencent ainsi : « Je suis née à quatre heures du matin, le 9 janvier 1908, dans une chambre aux meubles laqués de blanc qui donnait sur le boulevard Raspail….. ».

Comme souvent, une fois pesés tous les éléments d’un thème astral, une fois analysés ses lignes directrices et ayant mis en résonance le ciel de naissance d’une part, les écrits, les paroles, les actes et les événements d’une existence, d’autre part, en acceptant par ailleurs la non scientificité de l’interprétation astrologique, mais en s’appuyant fermement sur la méthode de son langage symbolique, sur la pertinence de son organisation, pourquoi ne pas prendre la liberté de rectifier cette heure de naissance et entre les données informatiques disponibles qui situent cette naissance à 4h30 et l’affirmation de l’intéressée elle-même qui la situe une demi-heure plus tôt, poser l’aurore de cette vie à mi-chemin, c’est-à-dire vers quatre heure quinze, dans le dernier décan du Scorpion , sur une degré symbolique figurant « un homme tenant un livre ouvert », invitée à cette rectification par la vocation précoce et irrépressible de Simone de Beauvoir pour l’écriture, nourrie de lectures constantes et multiples mais aussi par l’affinité de cette orientation avec le thème de naissance de Jean-Paul Sartre, le compagnon de toute une vie, né le 21 juin 1905 à 18h45 à Paris, lui aussi lecteur insatiable, écrivain précoce et forcené et dont l’ascendant se pose sur celui de sa future compagne à 28 degrés du Scorpion tandis que leur Milieu du Ciel coïncide également dans le dernier décan du signe de la Vierge dont le maître est Mercure aux attributions traditionnelles, de  parole, écrits, pensée, Mercure étant dans son domicile dans le ciel de naissance de Jean Paul Sartre, à 26 degrés du signe des Gémeaux et en Capricorne dans celui de Simone de Beauvoir à la conjonction d’Uranus, du Soleil et du nœud lunaire sud.

Le ciel de naissance de Simone de Beauvoir présente une triple conjonction dans le signe du Capricorne à l’opposition de Neptune en Cancer, une triple conjonction dans le signe des Poissons au fond du Ciel en quadrature à Pluton situé à l’occident, une opposition Vénus Jupiter.

Jupiter maître du secteur 1 en Sagittaire ayant  avec Neptune la  maîtrise sur le Nadir, se situe dans le signe du Lion dans un décan jupitérien,  conjoint au secteur 9, attribué à l’élévation de la pensée, à la philosophie, à l’idéal, aux voyages. Voici la direction intellectuelle, philosophique, ambitieuse et  volontaire vers laquelle très tôt s’orientent les dispositions innées de Simone de Beauvoir. Il apparaît que ce Jupiter flamboyant et souverain dirige par maîtrise toutes les autres planètes et en premier lieu celles qui sont au fond du ciel, au commencement de la vie, dans les racines profondes du psychisme. Revenant sur ses pas au plus près du royaume de son enfance, dans l’ouvrage autobiographique intitulé si justement « Mémoires d’une jeune fille rangée », l’auteur  nous entraîne dans cet univers bien ordonné, bourgeois, confortable, jupitérien, où se déroulent ses premières années au sein d’une famille aimante, attentive, conformiste. Elle dit avoir été pieuse quelques temps et fidèle aux propensions catholiques de sa mère, elle dit aussi avoir été heureuse et gourmande de vie, de nature, de mouvement.  Pourtant ce Jupiter est sous l’autorité d’un Soleil en Capricorne conjoint à Uranus.  Quelques temps « rangée » à l’abri de cette famille assez traditionnelle, elle va en rejeter énergiquement le carcan. Tout d’abord dans des rebellions enfantines, des colères fracassantes.  Elle écrit : « Je me suis souvent interrogée sur la raison et le sens de mes rages. Je crois qu’elles s’expliquent en parti par une vitalité fougueuse et par un extrémisme auquel je n’ai jamais tout à fait renoncé. Et plus loin : « Mais je me refusais de céder à cette force impalpable : les mots ; ce qui me révoltait c’est qu’une phrase négligemment lancée : « il faut…il ne faut pas » ruinât en un instant mes entreprises et mes joies. » Voici que se manifeste déjà par la prégnance d’Uranus valorisé par le Soleil et conjoint à Mercure, le désir d’échapper à la limitation par la force de communication, la volonté de ne pas être comme les autres et de n’obéir qu’à sa propre loi intérieure. En conjonction explosive au minuit du thème, la Lune sensible et réceptive emporte des confins du dernier signe du zodiaque, les Poissons vers le signe suivant, le Bélier, la violence d’un Mars durci par l’intransigeance de Saturne, le refus de Simone de Beauvoir d’être prisonnière de l’espace atavique, rejetant très vite le modèle maternel et la limitation d’une féminité posé d’avance avec ses implications d’aliénation au désir de l’homme. Neptune maître du Nadir est en Cancer signe de la famille, de la maternité, signe de l’inconscient, il est en secteur 8 attribué aux crises majeures, à la sexualité, aux fantasmes…. L’affirmation du moi ne sera pas facile ni exempte de motivations troubles et destructrices. En mettant la liberté uranienne au dessus de tout mais en tension avec un Neptune qui abrite tout un univers psychique et affectif chaotique instable et désordonné, Simone de Beauvoir tout en se mettant à nu  dans ses écrits et dans ses engagements, voilera une part obscure  d’elle-même, tâchant toujours plus ou moins honnêtement de le faire au nom d’une liberté inaliénable qui philosophiquement trouve pourtant ses limites, celle de l’autre comme conscience posée face à la sienne , mais aussi celle du temps, de la vieillesse et de la mort.

Beauvoir et Sartre ont fait un pacte : ils seront des époux morganatiques mais Jean Paul n’est pas un prince ni Simone une femme de condition inférieure comme le furent Louis XIV et madame de Maintenon. Cet adjectif exprime leur désir radical de n’aliéner en aucun cas leur liberté amoureuse. C’est ainsi qu’ils auront des amours «  contingentes » en même temps que des amours « essentielles ». Il leur arrivera même de partager la même maîtresse mais ils refuseront l’un et l’autre de se risquer dans le territoire secret d’un Neptune en Cancer,  dévoilé par la psychanalyse freudienne, soucieux de ne pas entraver la valeur qu’ils posent au dessus de tout : la liberté. Il est dit néanmoins que la folie les intéresse et qu’ils ont visité ensemble l’hôpital des fous ; dans les années 70, Sartre prenait un puisant hallucinogène, la mescaline et victime d’hallucinations se croyait poursuivi par des bataillons de homards qu’il décrivait comme des crabes !  Tous deux n’ont pas échappé à Neptune et aux désillusions, au chaos qu’il suscite car comment concilier la volonté uranienne de se différencier à tout prix avec le rêve d’une dissolution neptunienne dans un océan collectif  indifférencié ?

A SUIVRE….

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Quatuor pour un seul signe : le Capricorne Henri Matisse

Henri Matisse

Henri Matisse est un homme du Nord. Il passe son enfance à Bohain  en Vermandois.  Ses parents y ouvrent une grainèterie où  couleurs, matières et formes se fixent dans l’imaginaire du futur artiste. Une boite de couleurs,  cadeau de sa mère, peintre amateur, lui révèle à l’âge de 20 ans un univers où installer sa passion de créer, addiction ensorcelante qui ne lui laissera aucun répit et fera de lui un des artistes majeurs du vingtième siècle.

A sa naissance le 31 décembre 1869, la nuit profonde du Capricorne qui abrite le Soleil, regarde vers l’horizon oriental où s’origine la force de l’astre solaire qu’il projette en secteur 5 donnant tout pouvoir à une création qui va s’installer dans la durée, dans l’exigence et le sacrifice, tournée vers un zénith en Taureau, axe de persévérance, de lutte, tantôt silencieuse tantôt volcanique, éprise de beauté et d’harmonie tandis que Vénus à l’occident en Verseau, balance entre le retrait exigeant de Saturne et la révolte uranienne, dualité inconfortable mais féconde que Matisse exprimera dans son geste pictural alternant entre le dessin et la couleur, l’orient et l’occident, le réalisme et la spiritualité, le portrait et le masque.

Au regard de l’œuvre artistique et de son déploiement dans le temps selon les aléas d’une recherche incessante, est-il possible de saisir en transparence les signatures astrales du thème d’Henri Matisse, les influences intimes ou plus lointaines, posées en filigrane pour nous révéler cet homme complexe et les tourments de son âme ?

La famille, les voyages, les amis et les ennemis, les modèles, sont autant de territoires qui nous sont offerts pour plonger au cœur de cette destinée d’homme et de  peintre. Il y a aussi la parole de Matisse, ses écrits nombreux, ses conversations et le souci qu’il avait de rendre compte de sa progression comme s’il craignait d’être incompris à jamais ou pire, oublié.

Le Capricorne est occupé par le Soleil, Mercure et Mars. Matisse est très tôt conscient que la création sera pour lui le chemin vers une élévation certes laborieuse mais fructueuse. Le Soleil est en trigone avec le Milieu du Ciel en Taureau, occupé par Jupiter et Pluton. La réussite sera tardive, et la lutte souvent féroce et marqué par des transformations radicales mais Mars en Capricorne sur la pointe du secteur 6, exalte les capacités à résister, à concentrer le maximum d’énergie dans un labeur incessant. « J’ai travaillé toute ma vie du matin au soir » dit-il. Cette combativité chevillé à son tempérament, il l’exercera de manière saturnienne, avec une discipline ascétique mais avec des accès de violence et de frustration,  la Lune est prise en étau entre Saturne et le Soleil qui est sous la coupe de ce dernier, la lumière solaire tant désirée qui s’épanche sur les toiles dans la symphonie et l’équilibre des couleurs, cache une difficulté intime, comme un empêchement, un frein à l’expansion et à la quiétude. Mars non seulement est conjoint au Nœud sud à connotation Saturnienne mais fait face à Uranus, créant une tension d’ordre émotionnel, suscitant un mouvement maladroit pour se libérer, trouver une voie personnelle, tension d’ordre intime aussi, qui trouve dans la famille à la fois force et fragilité. Mars par maîtrise sur le secteur 4, montre l’importance de l’ambiance domestique et de l’entourage familial sur le travail du peintre. Femme et enfants tournent autour de cette personnalité comme les dieux de l’olympe autour de Zeus. Il dit un jour à Marquet son ami : « On revient à la famille comme à la terre ». Attachement et fuite, accord et dissonance se succèdent sans que jamais ne cèdent l’amour profond de Matisse pour les siens, son sens du devoir envers eux.

La Danse – 1910

Matisse a eu trois enfants : Marguerite l’aînée, de santé fragile,  née de sa liaison avec son modèle Caroline Joblaud. Il l’élèvera et l’accompagnera avec beaucoup d’affection dans ses épreuves. En 1899 et  1900, naîtront Jean puis Pierre, de son mariage avec Amélie Parayre. Le secteur 5 occupé par 4 planètes, a pour attribution la création intellectuelle mais aussi charnelle. Les enfants de Matisse ont eu une réelle influence sur sa carrière, le maître du secteur 5, Jupiter, est au zénith. Matisse est très perturbé lorsque ses enfants ne comprennent pas les mutations de son travail : Il faut toujours juger les choses selon leur but et leur avenir » se défend-il auprès de  Pierre. Il ne cessera d’écrire à ce dernier, parti faire carrière dans le commerce de l’art à New York. Cette correspondance restera longtemps secrète. Marguerite sera la seule à tenir tête à son père. Ses demi-frères subiront davantage l’emprise de ce dernier et en souffriront longtemps, persuadés de n’avoir jamais été à la hauteur de ses exigences. Marguerite organisera la vie d’atelier pendant plusieurs années auprès de sa mère adoptive toutes deux vestales consacrées à l’œuvre du maître. La forte signature Capricorne accentue le sens du devoir, Matisse n’oublie jamais qu’il doit subvenir aux besoins de sa famille élargie aux conjoints de ses enfants qui sont tous sans emplois réels et bénéficieront de sa générosité pendant des années. Cette responsabilité suscitera chez lui la peur de devenir aveugle, empêché de remplir son rôle, cherchant alors dans la pratique du violon qu’il exerce avec talent,  une sorte de secours  au cas où la cécité le priverait des ressources de ses œuvres. La peinture de Matisse est le socle de la famille, à chaque printemps l’arrivée dans la maison familiale d’Issy-les-Moulineaux d’une caisse de nouvelles toiles est accueillie dans l’euphorie et  fait l’objet d’une exposition privée avant l’arrivée des marchands qui viendront faire leur choix.

 

L’atelier rouge 1911 (30 ans plus tard il influencera les jeunes artistes New-Yorkais.)

 

 

 

Vénus symbole du mariage, de l’amour, de la femme, est située en Verseau, à l’occident en relation symbolique avec le signe de la Balance et le septième secteur du thème de naissance. Amélie fût indispensable à l’ascension de Matisse (Vénus à maîtrise sur le Milieu du Ciel). Réciproquement,  la vocation de son mari donna sens à sa vie, elle consentit à ce qu’il scelle leur collaboration par cette phrase: « Je vous aime beaucoup mais j’aimerais la peinture toujours mieux ». Elle sombra dans une profonde dépression chaque fois que sa mission sembla lui échapper. Cette Vénus en Verseau prend une double nuance, saturnienne et uranienne. Matisse est fidèle parce que son œuvre accapare tout son être, la sensualité est pourtant d’autant plus puissante que Jupiter est dans le signe du Taureau mais l’éros est sublimé, le désir réprimé et l’abstinence sexuelle jugule la libido et la spiritualise, Neptune, maître du secteur 8 est en secteur 9. Mars symbole de virilité est en rapport conflictuel avec Neptune, il domine le secteur 9 et affronté à Uranus, s’il tire un bénéfice de ces contraintes n’empêche pas totalement leur résurgence violente et complexe. Matisse dit : « chaque toile était un viol » viol de lui-même s’entend. Son épouse savait  combien ses expérimentations picturales en territoire inconnu  le plongeaient dans une violente panique.

Uranus par maîtrise sur Vénus lui fait aborder chaque nouvelle période de sa recherche, chaque toile, comme si l’art n’avait pas de passé pourtant Saturne le ramène à la tradition, celle des icônes russes, celle de l’orient somptueux, celle de l’art chinois et des masques africains. « On se livre d’autant mieux qu’on voit ses efforts confirmés par une tradition, si ancienne fut elle. Elle vous aide à sauter le fossé ».

 

A suivre….

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