ASTROLOGUE….Hier, aujourd’hui, demain.

Je suis née au paléolithique il y a 100 000 ans. Ce matin ma tribu enterre ma jeune sœur et son enfant, côte à côte sur un lit de fleurs avec quelques objets familiers pour les accompagner vers l’au-delà. Je pleure silencieusement ces êtres chers. Cette mort accidentelle est-elle une fin ? Serrées les uns contre les autres, les hommes et les femmes de mon clan s’unissent en un rituel de funérailles qui apaise nos angoisses et nous situe dans un temps éternel.

Plus tard…. Au cœur de la vallée de la Vézère, une grotte obscure abrite le bestiaire fabuleux que ma tribu a minutieusement dessiné sur les parois. C’est le solstice d’été, les rayons du soleil pénètrent à l’instant dans cet antre obscur et font flamboyer les peintures ocre, cernées de noir.  J’ai longtemps observé le ciel immense, j’y ai repéré quelques étoiles plus brillantes que les autres, je les ai cueillies dans ma mémoire et déposées en constellations sur les murs de notre grotte, les associant à ces bêtes puissantes et familières que mon peuple chasseur craint et vénère à la fois.

Mon royaume est à  Sumer. Je suis à la fois prêtre et savant, le gnomon et la clepsydre n’ont plus de secrets pour moi. Je m’en sers pour mesurer les durées, l’heure et les saisons. Je sais aussi utiliser mon corps, pouce, pied ou coude pour des mesures architecturales. J’ai révélé à mon peuple la trajectoire du soleil tout au long de l’année et la division du cercle en douze constellations de 30 degrés.  Ces connaissances me permettent de structurer le temps, de prévoir les pluies et les crues du Nil, d’organiser semailles et moissons en accord avec la position des planètes, surtout la Lune, divinisée dans le dieu Sin mais aussi le Soleil qui  me donne les 4 directions de l’espace.  Je sais aussi ériger un thème de nativité afin de conseiller mon souverain et protéger mon état.

Elève du babylonien Bérose, je l’ai suivi sur l’ile de Cos où j’excelle désormais dans l’interprétation des horoscopes. Il m’a transmis la connaissance des révolutions synodiques des planètes, inclues dans la grande année de 432000 ans.

C’est dans l’ombre du vieil Eratosthène que je progresse désormais dans mes connaissances mathématiques à la bibliothèque d’Alexandrie dont il est le directeur, j’ai même participé à l’élaboration de son catalogue astronomique de 675 étoiles.  Mon maître est en passe de trouver les mesures de la circonférence de la terre dont la sphéricité est admise depuis longtemps déjà, le cercle étant la forme parfaite pour les pythagoriciens.

A Rhodes, j’ai eu l’immense privilège de rencontrer Hipparque. A ses côtés, j’ai progressé dans ma connaissance de la trigonométrie. Ses observations astronomiques, riches de toutes les connaissances accumulées par les astronomes chaldéens de Babylone, lui ont  permis de découvrir le phénomène de la précession des équinoxes. Il m’a expliqué le lent déplacement sur le zodiaque, du point vernal où se situe le soleil le jour de l’équinoxe de printemps dan l’hémisphère Nord, il m’a également initié à sa méthode pour prédire les éclipses du soleil et de la lune.

Astronomie et astrologie avancent de concert, le grand Ptolémée recueille dans son Almageste et son Tetrabiblos la quintessence du savoir antique. Le cosmos ordonne la réalité humaine dans l’espace temps. Du mythe au logos, loi morale et ciel étoilé sont toujours indissociables. Ma fascination pour les découvertes de ce savant mathématicien n’a d’égale que ma reconnaissance pour son génie. Il a  cartographié un monde qui s’étend désormais jusqu’à la Chine et dévoilé la Terra incognita d’un hémisphère sud, il a surtout  débarrassé l’Astrologie de ses aspects magiques si bien que ma pratique peut dès lors s’appuyer sur des bases solides et sur un zodiaque amarré au point vernal de l’équinoxe du printemps, l’énergie du Soleil se différenciant à travers le cycle annuel autour d’un zodiaque des saisons inscrit dans les rythmes profonds de l’univers.

J’ai fui une société  contrôlée  par l’église et désormais hostile à ma pratique pour retrouver dans l’Espagne musulmane la richesse d’un patrimoine tombé dans l’oubli de ce moment obscur de l’histoire médiévale. A la « maison de la science » fondée à Bagdad par le calife Al Mamoun, j’approfondis mes connaissances auprès de l’astronome-astrologue qui la dirige, j’ai accès à l’observatoire de Bagdad où j’observe le mouvement des planètes et repère les étoiles figurant dans le catalogue d’Hipparque. La physique d’Aristote et l’astronomie de Ptolémée épousent harmonieusement la théologie islamique.

Dans la magnifique salle des colonnes de la Mezquita de Cordoue, Averroès a rejoint quelques élèves pour leur commenter l’œuvre d’Aristote. J’ai pour ma part retrouvé un groupe de savants disséminés mais en relation étroite dans l’Espagne reconquise, traducteurs avides et soucieux de transmettre en latin les écrits arabes. Nous gravitons tous autour de la figure prestigieuse de Jean de Séville. Venus de toute l’Europe, Français, Italiens, Juifs, Flamands, se retrouvent à Tolède pour une  gigantesque entreprise de transmission  des valeurs culturelles du monde arabe. La Reconquista  met à notre disposition des trésors de connaissance qu’on croyait disparus. Alphonse X de Castille protège l’astronomie et l’astrologie tout en édictant des mesures pour que cette dernière ne tombe pas aux mains des charlatans. Sur mon chemin j’ai croisé Raymond Lulle qui m’a enseigné les principes de sa médecine astrologique.

Voici venues la révolution du livre et celle de l’image. Le monde du savoir me devient amplement accessible et je peux y étancher ma soif. Inspirées par  Marsile Ficin, ma passion pour l’antiquité et ma fidélité au Christ tentent de se réconcilier dans l’esprit humaniste de mon époque, la Renaissance. Dans la lutte qui oppose aristotéliciens et platoniciens, mon astrologie est mise à mal. Il est aussi une autre révolution qui vient ébranler mes convictions : Nicolas de Cues affirme que la terre n’est pas au centre du monde et n’est pas immobile. Ressurgit  l’idée d’une  pluralité  de  mondes. Un peu après, Copernic reprend  les données de Ptolémée et d’Hipparque. Pas plus que celles de Nicolas de Cues, ses recherches ne s’appuient sur l’observation. Je pars alors pour Prague, soucieux de trouver davantage de science et d’exactitude auprès de l’astrologue  danois Tycho Brahé, le découvreur d’étoiles. La position des astres est primordiale pour les grandes navigations maritimes, ainsi la connaissance du ciel a t-elle des répercussions sur la représentation de la terre. Ma rencontre avec Kepler, élève et héritier de Tycho Brahé, me permet d’en savoir davantage sur le mouvement de la planète Mars. Les intuitions créatrices de son imagination déchiffrent les arcanes célestes et en révèlent les relations mathématiques. J’accompagne ses efforts pour détacher l’astrologie de ses fondements physiques afin de consolider sa valeur essentielle, celle de l’interprétation de configurations visibles.

A Padoue, Galilée donne des cours d’astronomie toujours en accord avec le système géocentrique. Il est pourtant convaincu que Copernic avait raison et il veut le prouver. J’assiste en 1604 à ses observations d’une super nova apparaissant puis disparaissant au cœur de la constellation d’ophiucius. Au sommet du campanile de la place Saint Marc à Venise, je fais partie des privilégiés qui sont invités à essayer la lunette que le savant  a inventée pour observer de plus près  le paysage  alentour mais surtout la Lune qui n’est pas aussi lisse et parfaite que le prétendait Aristote. Pourtant en 1633, l’hypothèse de l’héliocentrisme condamne Galilée à demeurer cloitré dans sa maison près de Florence. L’astronomie moderne est née, ébranlant les certitudes d’une Eglise accrochée au dogme du géocentrisme. En 1633, le procès exemplaire de Galilée me prouve hélas que les vérités spirituelles gravées dans les textes sacrés et la vérité scientifique établie par les savants ne peuvent cohabiter et ne parviennent pas à se séparer non plus.

Cela fait à peine trente ans que Kepler est mort et ma fonction d’enseignant en astrologie m’a été brutalement retirée. On compte sur les doigts de la main les universités qui acceptent encore cette pratique.

A suivre….

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