Axe des maisons 3 et 9

Bavardage, conversation, dialogue, concertation, polémique, entretien etc, toutes ces situations s’appuient sur le langage. Nous verrons  comment les maisons 3 et 9 expriment ces différents niveaux de communication et d’expression de soi au regard de ce que la philosophie, la psychanalyse ou même les Arts en donnent comme explorations différentes.

Les cinq oeuvres d’artistes choisies comme illustrations et pour certaines d’entre elles intitulées par l’auteur « conversation », évoquent le thème de l’échange avec autrui au moyen du langage ou du geste et de l’attitude. Le mot « conversation » « conversatio » en latin signifie fréquentation, commerce, intimité ;  avant le 17ème siècle  « converser » voulait dire « vivre avec », ensuite, la conversation fût assimilée à un échange de propos, bientôt élevé au rang d’un véritable exercice artistique dans les salons littéraires.

La conversation. aquarelle d'Hélène Bilhaut

La conversation. aquarelle d’Hélène Bilhaut

L’aquarelliste Hélène Bilhaut peint avec délicatesse deux personnages assis sous une voute, face à un paysage de montagnes enneigées. Celui de droite accompagne d’un geste les mots adressés à son compagnon confortablement abrité sous un chapeau chinois. Face à la beauté de ce paysage,  leur propos s’envolent vers des sphères lointaines, philosophiques, questionnant l’univers et ses mystères, ils portent en eux la sagesse taoïste, et comme Montaigne l’écrit à la fin de ses essais, « la parole est à moitié à celui qui parle à moitié à celui qui l’écoute ». Elle est aussi dans l’entre deux, le vide médian où se crée et se transforme l’indicible.

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Henri Matisse a terminé ce tableau au printemps ou à l’été 1912, il rentrait d’Alger, et s’est inspiré dans cette toile de deux mètres dix-sept sur un mètre soixante dix, d’une stèle de pierre exposée au Louvre, représentant un roi assyrien saluant une déesse assise.  Ici sa femme est vêtue d’une  robe de chambre sombre, tandis que lui même porte un pyjama rayé, son costume de travail. Cette toile commémore une prise de bec qu’il eut avec son épouse avant son départ pour l’Algérie. Ce face à face hiératique sublimé par l’artiste pourrait évoquer, non plus la conversation comme exercice d’attention, d’écoute, de modération et de souplesse, mais la controverse, l’opposition de deux esprits tirant en sens contraire, habités par des forces inconscientes et laissant aller des paroles vers où on ne peut les rattraper. Matisse en fait une stèle byzantine offrant la réconciliation du couple dans la magie de ses couleurs.

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La conversation de Renoir est un face à face plus intime entre un homme vu de face, particulièrement attentif et réflexif car son regard n’est pas dirigé vers la femme dont on admire la joue blanche et l’oreille bien ourlée et surtout les mains en relation l’une avec l’autre et avec elle-même, avec ce qu’elle a à dire de son âme, car cette jeune femme décédera quelques semaines plus tard d’une maladie pulmonaire. Que lui dit-elle d’elle même qu’il peut entendre et comprendre,  cette « parole pleine » dont parlait Lacan,  surgissant de cette « autre scène », l’inconscient et qui porte notre vérité profonde.

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La conversation de Pasquier tableau du 18ème siècle, cadreraffiné d’un salon ou deux femmes conversent en attendant un thé. Tout est feutré, délicat comme leur robe de dentelle et leur nuque nacrée. Elles éventent dans un mouvement yin-yang, des mots légers, choisis et agréablement assemblés pour tisser un échange affectueux et tendre. « Bavardons, bavardons, jusqu’à trouver quelque chose à dire » écrivait Guitry. C’est peut-être ce qu’elle nous donnent à voir là, sur cette jolie toile, le côté primesautier et superficiel de la maison 3 en Astrologie, et la danse aérienne des paroles attribuée au signe des Gémeaux lorsque l’approfondissement de sa pensée ne lui a pas encore donné accès à la communication plus structurée, plus profonde et organisée du signe qui l’équilibre, le Sagittaire.

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« Les causeuses » de Camille Claudel, étrange sculpture, ces quatre petites vieilles, « son secret » , « son énigme » disait Camille.  Les morphologies du visage rappellent la petite danseuse de 14 ans de Degas et les travaux qui sont fait à l’époque sur la morphologie des criminelles. En 1888, répondant à un questionnaire, Camille Claudel s’identifie de manière ironique à des criminels majeurs et avoue sa fascination pour les tueurs en série. Les vieilles femmes réunies en conciliabule, ont un aspect presque néolithique, leur attitude et leur visages suggèrent des puissances instinctives. Quelle conversation  unit ces femmes dans leurs fantasmes destructeurs et nous rappelle les distorsions de notre pensée, habitée d’affects sombres et morbides qui altèrent notre communication, suscitent les drames intimes et ravagent les familles ?

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