L’Astrologie et les visages du Temps

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De toute évidence, du Temps nous ne percevons que les effets, notamment ceux liés à l’usure du vivant mais aussi à la dégradation de la matière inerte. Nous utilisons diverses expressions dans lesquelles le temps est présent : tuer le temps, prendre son temps, courir après le temps, passer le temps etc., le même mot « Temps » englobe différentes notions : la simultanéité, la succession, la durée mais ce mot ne dit rien de la véritable nature du temps ; nous disons le temps passe mais c’est nous qui passons comme l’a si bien traduit Ronsard dans son poème. Les trois moments du temps, passé, présent et avenir, passent et se succèdent mais le temps lui, demeure tout en s’écoulant comme l’eau du fleuve.Du fait que certains évènements se reproduisent, que les planètes tournent autour du soleil, que les jours succèdent au nuit et que les saisons se renouvellent sans cesse, on en déduit que le temps est cyclique et pourrait être représenté par un cercle. Dans diverses parties du monde on retrouve l’idée que la révolution des planètes est à l’origine du temps cyclique. Mais ce n’est pas parce que certains phénomènes se répètent que le temps se répète, les cycles sont dans le temps mais le temps n’est pas cyclique dans le sens d’un retour du semblable.

Pendant des siècles la représentation circulaire du temps a prévalu jusqu’à ce que la ligne droite le supplante. Pour les physiciens cette représentation linéaire du temps est sous tendue par l’idée de causalité qui se résume à ceci : tout fait a une cause et la cause d’un phénomène est nécessairement antérieure au phénomène lui-même. Le temps linéaire ordonne par conséquent les évènements dans une suite chronologique. Bien sûr ce principe de causalité a été fortement ébranlé par la physique quantique, mais les scientifiques ont fait en sorte de remplacer l’idée de cause par celle d’un ordre obligatoire et absolu entre différents types de phénomènes. Le temps ignore donc définitivement la marche arrière mais ne donne t-il pas à l’avenir la saveur de l’inconnu, de l’inédit et de la liberté car le temps humain est le temps de la conscience, ce temps n’est pas celui des horloges, c’est un temps psychologique et subjectif bien différent du temps physique. Il en diffère par la notion de fluidité. Le temps physique s’écoule régulièrement tandis que le temps psychologique semble tantôt stagner, tantôt s’accélérer, c’est bien pour cela que nous avons besoin de montres. Le temps psychologique habille le présent avec un peu du passé et un peu de l’avenir, il est notre rapport subjectif au temps physique.Saint Augustin a traduit merveilleusement cette expérience humaine du temps et de ses trois aspects : le « présent de l’avenir qu’il appelle l’attente, le « présent du passé » qu’il appelle la mémoire et le « présent du présent » : l’attention.

Mais justement cette capacité d’être totalement dans le présent nous est extrêmement difficile, sauf dans l’expérience d’une souffrance aigue, physique ou psychique qui nous rend impossible une distanciation ou bien dans ces rares et précieux instants de grâce où l’éternité semble pénétrer le temps et où justement l’éphémère et le définitif se mêlent. Thomas d’Aquin lorsqu’il écrit que « l’éternité est toujours présente à quelque temps ou moment du temps qui soit » associe cette idée au cercle dont les points de la circonférence se succèdent les uns aux autres tandis que le centre se trouve en relation immédiate avec tous ces points, le centre serait l’éternité comme un pivot autour duquel tourne le temps dont chaque instant serait plein de cette éternité. L’instant présent serait en quelque sorte un hors temps.

Qu’est ce qui, en nous, pourrait être hors du temps, qui échapperait à la succession irréversible du passé présent et avenir ?Freud a montré que la conscience, le Moi n’est pas maître en sa demeure et qu’il y a tout un pan de notre psychisme qui oriente nos conduites et nos décisions malgré nous. Ce monde obscur et souterrain que l’on nomme l’inconscient n’est pas soumis à la causalité et Freud nous dit que « dans l’inconscient, rien ne finit, rien ne passe, rien n’est oublié. ». Dans nos rêves, les temps se mêlent, et comme le dit Freud, « le lapin poursuit le chasseur ». L’inconscient ne connait ni le cours du temps ni la causalité. André Green soutient le point de vue que « le véritable objet de la psychanalyse est la temporalité » mais n’est-ce pas également et bien antérieurement à la psychanalyse, celui de l’Astrologie ?

L’expérience du temps est dépendante de l’état de la conscience. Un détour par la neurobiologie est nécessaire. Gérald Edelman, prix Nobel de médecine met à notre portée la compréhension du magnifique fonctionnement neuronal, substrat de notre conscience. Sa théorie de sélection des groupes neuronaux est passionnante mais pour nous ce qui est particulièrement pertinent c’est la distinction que fait Edelman entre une conscience primaire et une conscience d’ordre supérieur.La première, est celle qui nous permet de nous rendre compte de la présence des choses dans le monde et d’avoir des images mentales dans le présent, c’est un « présent remémoré ». La conscience d’ordre supérieur, c’est la reconnaissance par un sujet de ses propres actes ou affects. C’est un modèle personnel, du passé, du futur et du présent. La mémoire en est l’élément clé. Cette conscience d’ordre supérieur ne se fonde pas sur l’expérience en cours mais sur la capacité de modéliser le passé et le futur, le temps est par conséquent un événement conscient. Cette conscience d’ordre supérieur se développe en même temps que s’élabore les aptitudes sémantiques et linguistiques et qu’apparaît un soi. Le langage permet une distanciation et une élaboration de stratégies. Par ailleurs la théorie d’Edelman ouvre sur une anthropologie où chaque individu est unique car il est le fruit d’une histoire collective grâce au processus de sélection naturelle et d’une histoire individuelle via le processus de stabilisation sélective et d’apprentissage. Chaque événement de la vie individuelle laisse ainsi des traces dans le système nerveux au niveau de connections synaptiques très fines. Chaque individu est donc structurellement unique, même deux vrais jumeaux n’ont pas la même structure fine dans leur système nerveux central, ils ont chacun leur histoire spécifique.Par ailleurs cette conscience d’ordre supérieur parce qu’elle permet une distanciation, nous rend capable de modifier notre environnement et les événements dans l’espace temps, elle nous permet d’anticiper, d’avoir une « attitude intentionnelle » d’être acteur de notre histoire, donc d’être libres malgré les contraintes externes et internes. Voilà par conséquent confirmées par la biologie, deux affirmations que les astrologues ont toujours défendues :

Le libre arbitre et la singularité de la personne.

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