Quatuor pour un seul signe : Le Capricorne – Paul Cézanne

PAUL CEZANNE

Temps et lieu coordonnés mathématiquement suffisent à ériger un thème astral mais autant un GPS tout en nous orientant, ne nous dira rien du paysage traversé, de ses nuances, des promenades auxquelles il nous invite, autant un ciel de naissance et ses coordonnées célestes et terrestres, ne nous révèlera rien de la singularité de l’être qu’il identifie avant que nous n’ayons longuement exploré son énigme, ce qu’il cache ou met en lumière au cœur des planètes porteuses de mythes, sises en un lieu qui exalte ou au contraire entrave leur expression, témoins des vicissitudes de nos courtes vies, alliées de notre progression aussi.

Le 19 janvier 1839 à 1h du matin en un lieu vers lequel il reviendra sans cesse, Cézanne vient au monde dans une famille bourgeoise d’Aix en Provence, sous le signe du Capricorne. Son ciel de naissance regroupe la majorité des planètes dans l’hémisphère oriental, Cézanne se soucie peu de plaire, il ne compose pas avec les autres, il explose et s’esquive, se replie orgueilleusement loin des mondanités parisiennes.  De la Vierge au Poissons se déploient les nuances de ce caractère déroutant. Du sixième signe zodiacal qui accueille le maître de l’Ascendant, il a l’inquiétude, le sens critique, la lucidité, l’amour des gens humbles, de la Balance où se place Jupiter en opposition à Pluton la difficulté à s’associer, à s’installer dans une légalité conjugale, dans un conformisme social, du Sagittaire où se situe Saturne, l’aspiration à s’élever en organisant ses connaissances dans l’indépendance et l’audace, du Capricorne il exprime la lenteur et l’obstination silencieuse  mettant en synergie les planètes Mars et Saturne régentes de ce signe, du VerseauVénus fusionne avec Neptune, l’originalité de sa recherche picturale, le désintéressement pour les questions financières, le besoin d’amitié, l’attirance pour la lumière et les couleurs qu’elle diffracte, des PoissonsLune et Uranus  s’exaspèrent, une sensibilité à fleur de peau qui le ferme à ce qui n’est pas essentiel pour lui et lui fait préférer la solitude et le silence…. « Pas un bruit, pas une présence dans les paysages de Cézanne. Même quand il peint un village, c’est-à-dire un lieu habité et non un paysage désert, il semble qu’une catastrophe ait incompréhensiblement vidé les maisons de leurs habitants, et que les constructions, pourtant édifiées pour et par les hommes, retournent à l’inhumanité primitive des choses ». (Jacques Darriullat – Cézanne et la force des choses).

Autoportrait de Cézanne – 1880 1881

Assis face à son olympe, la montagne Sainte-Victoire, Cézanne regarde avec effroi le Scorpion qui se dresse à l’horizon oriental. Il ne cessera d’en exprimer la nature puissamment créative, extirpée à force d’entêtement du gouffre de la rage profonde qui engloutit ses toiles, les déchire, les néantise, épaves abandonnées aux rafales du mistral, au tourment d’une âme coléreuse tendue vers un absolu, lequel ?

L’Ascendant est encadré par Jupiter et Saturne le premier ayant maîtrise sur le second et ce dernier étant en affinité avec la Balance. Dans ce voisinage fécond et solide, Cézanne puise la continuité de son effort, le besoin de structurer sa recherche selon une exploration intérieure continue au service d’un projet pictural qui semble lui échapper sans cesse mais qui est solidement ancré dans l’admiration des œuvres passées, dans la dévotion à des peintres qui lui ouvrent la voie. Il ne se lasse pas de méditer sur leurs procédés picturaux, sur leur manière de traiter la couleur dont il dit qu’elle « est le lieu où notre cerveau et l’univers se rencontrent ». De Courbet il dit à Joachim Gasquet son ami poète et critique d’Art : « C’est un bâtisseur…sa palette sent le blé.. ». L’Olympia de Manet l’enchante, les peintres italiens ont sa prédilection, les vénitiens et les napolitains surtout, Chardin est son maître pour les natures mortes, Delacroix aussi, dont le somptueux bouquet de fleurs, acquit par Cézanne  accompagnera sa contemplation crépusculaire, Courbet bien sûr : « Dans la massive muraille rocheuse des combes du Jura, dans l’écroulement cyclopéen des falaises, des cascades et des ravins, tels que Courbet a su les voir, tels que ses admirables paysage ont su nous les révéler, ces paysages qu’il intitule parfois lui-même « Etude géologique »(1864) n’est-ce pas déjà la Sainte Victoire de Cézanne qui s’annonce, sa présence colossale et muette ? »(Jacques Darriulat).

Saturne structure, Saturne élague, il creuse jusqu’à l’os, Cézanne lui obéit, à la recherche de la genèse du massif provençal. Il connaît les âges géologiques ;  As-il lu  Camille Flammarion et son Astronomie populaire (1880) ou bien Jules Verne et son Voyage au centre de la terre » qui est un retour vers les âges archaïques de notre planète ? De qui tire t-il sa science ? D’Antoine Fortuné Marion son ami professeur et directeur du Musée d’Histoire naturelle de Marseille avec qui il parcourt la Vallée de l’Arc, peintre lui aussi et surtout convaincu cinquante ans en avance du génie de son camarade. Il lui explique les ères géologiques jusqu’à la formidable surrection de la Sainte Victoire.

                                           La montagne Sainte Victoire vue des Lauves

Cézanne expérimente, il se bat pour faire plus avec moins, Mars et Saturne s’épaulent à la recherche d’une vérité que le peintre sait être son chemin, son originalité. Paul Valery exprime ainsi cette lutte artistique : « Le véritable artiste invente et s’impose des problèmes d’ordre supérieur incompréhensibles à la plupart des gens ». Mercure est en secteur 3 attribué aux moyens d’expression et de création, à la pensée ; son maître Saturne est en Sagittaire signe connecté au lointain, à l’au-delà, à l’inaccessible :Cézanne a voulu « remettre l’intelligence, les idées, les sciences, la perspective, la tradition, au contact du monde naturel qu’elles sont destinées à comprendre, confronter avec la nature, comme il le dit, les sciences « qui sont sorties d’elle » (Merleau Ponty – Le doute de Cézanne). Même empreinte de Saturne par le geste suspendu dans une concentration qui pouvait durer une heure avant qu’il ne pose une touche de couleur sur sa toile, la méditation s’achevant d’un coup : « Je tiens le motif » disait-il. Ou encore : « Je procède très lentement, la nature s’offrant à moi très complexe, et les progrès à faire sont incessants. Il faut bien voir son modèle et sentir juste. Et encore s’exprimer avec distinction et force ». (Lettre à Bernard, 12 mai 1904). Empreinte aussi de Vénus conjointe à Neptune, dans l’absorption du peintre qui tel une « plaque sensible » regarde et est regardé en même temps par le motif, tant il « germine » avec le paysage qui l’absorbe et qu’il délivre. Il dit à Emile Bernard : « Peindre d’après nature, ce n’est pas copier l’objectif, c’est réaliser ses sensations ».

Temps et Lieu dessinent un destin……..

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