Quatuor pour un seul signe : le Verseau – Eugène Viollet-le-Duc

Eugène Viollet-le-Duc

Un thème horoscopique est une cathédrale. Il est érigé d’après des calculs astronomiques, architecture  du ciel posée sur la terre, espace temps de notre destin mais aussi de notre libre arbitre , construit sur deux axes essentiels, horizontal et vertical autour desquels s’organisent des niches où cheminent les planètes comme autant de chapelles, recueils de nos pensées, de nos sentiments, de nos émotions, de nos sensations, outils de transformation, de restauration, arcs boutants pour notre condition d’humains perdus dans le labyrinthe de nos peurs, de nos conflits, de nos doutes, naufragés dans la crypte de nos inconscients mais invités à une émergence vers un chœur de lumière, lieu de la sublimation et du sens.

                                                                                   Le sens, Viollet- le- Duc le trouve très vite, hors des sentiers battus et des demi-mesures. Il naît le 27 janvier 1814 à 21 heures, à Paris. Le Soleil est en Verseau. Viollet-le-Duc en exprimera les deux versants : Saturnien par la conjonction de Mercure maître de l’Ascendant Vierge, côtoyant Saturne dans le signe du Capricorne, Uranien par la position d’Uranus en Sagittaire, bandant son arc vers un idéal de progrès, de transmission des savoirs dans un esprit flamboyant sous tendu par une insatiable, épuisante et scrupuleuse quête, éprise de perfection par la présence de Jupiter dans le signe de la Vierge. A 18 ans il écrit dans son journal : « Je sens en moi de quoi faire quelque chose… Je vois qu’il est dans ma destinée de tailler mon chemin dans le roc, car je ne pourrai suivre celui pratiqué par les autres. » Cette conviction précoce est bien le sceau d’une alliance qui s’avérera souvent difficile entre les forces constructives et structurantes de Saturne et les mouvements insurrectionnels d’Uranus. Le premier puisera dans le signe du Capricorne, son domicile, la ténacité, la patience et la longanimité  nécessaires à ses entreprises de restauration des monuments français, tandis que le second donnera à sa pratique l’originalité  et  l’audace  nécessaires pour graver dans les vestiges du passé, la trajectoire d’un avenir que l’adolescent dessine déjà comme un progrès nécessaire pour l’humanité. A 17 ans il est déterminé à ne jamais intégrer l’Ecole des Beaux Arts. Il écrit : « L’école est un moule à architecte ; ils en sortent presque tous semblables. » L’école des beaux Arts lui tiendra longtemps rigueur de sa position indépendante et critique. Le projet pédagogique de Viollet-le-Duc qui devient enseignant très jeune, repose sur des convictions éclairées par des connaissances recueillies dans des livres mais surtout dans des voyages d’étude. L’axe du secteur 3 au secteur 9, axe de la pensée, des voyages,  de l’enseignement reçu et transmis, met en relation le maître du Taureau et de la Balance, Vénus,  planète des arts avec Mars en Bélier conjoint à la Lune maître des secteurs 10 et 3, tandis qu’Uranus et Neptune occupent le secteur de la communication et de l’échange dans un signe fédérateur, le Sagittaire.

La famille de Viollet- le- Duc  réside dans un immeuble de la rue Chabanais dans le quartier Richelieu-Palais Royal à Paris. Le couple parental tient un salon tous les vendredis, Eugénie la mère de son côté et Emmanuel le père, dans sa bibliothèque tandis que l’oncle Etienne reçoit les dimanches dans son « Donjon ».A 10 ans à peine Eugène Viollet-le Duc est immergé dans un bain de culture. Son oncle maternel lui apprend le dessin, à 11 ans il possède la technique d’un maître. La bibliothèque familiale lui fournit les ouvrages nécessaires pour étayer sa vocation. On y trouve entre autres livres techniques, la bible des architectes le De architectura de Vitruve et les carnets de Villard de Honnecourt. Le jeune homme y trouve le fil à plomb de sa pratique future : une approche rationnelle de l’architecture apparaissant en filigrane sur l’Ascendant dans le signe de la Vierge qui projette Mercure vers Saturne dans le signe du Capricorne en secteur 4 où s’expriment les attaches radicales, le sol, la tradition ancrée dans le patrimoine, l’atavisme, le retour aux sources. Emmanuel Viollet- le- Duc, père d’Eugène occupe des fonctions au patrimoine national ; Père et fils sont très complices. Soleil et Saturne consonnent dans leur affinité pour l’art gothique, pour la littérature et dans une admiration réciproque, indéfectible.

En 1825 la France prend conscience du péril qui menace les monuments du passé et Alexandre Lenoir  défend les tombeaux des rois à saint Denis, il invente la notion de « monuments historiques ».En 1831, date de la publication du plaidoyer de Victor Hugo pour Notre-Dame de Paris, lieu de la « première grande émotion artistique » de Viollet le Duc lors d’un concert d’orgue, le jeune homme de 17 ans voyage avec son oncle Delécluze, artiste peintre et critique d’Art, fils de l’architecte Jean Baptiste Deléscluze. Ils traversent l’Auvergne, montent au Puy de Dôme. Eugène découvre la montagne qui devient pour lui une passion essentielle, son oncle lui explique la  géologie en lien avec l’architecture. Le jeune homme dessine sans la moindre retouche, les panoramas traversés. Mercure conjoint à Saturne en Capricorne concentre  déjà toute la dextérité, l’habileté, la précision et le sens des structures que le futur architecte aura à sa disposition. Vénus dans le signe des Poissons y ajoute le talent artistique. Ce premier voyage en compagnie de cet oncle attentif et avide de propulser son neveu vers la réussite, se poursuit vers le Puy en Velay, Lyon, St Etienne, Orange, Avignon, Nîmes, Marseille, Toulon, Hyères. A son retour il reprend ses études dans l’atelier de l’architecte Leclère mais la signature Verseau et Uranus en Sagittaire exacerbent son refus des contraintes. Saturnien aussi, il avoue : « que les hommes réunis sont vilaine chose ». Pourtant il aimera plus que tout travailler avec ses artisans. Verseau  Ascendant Vierge, il ne progresse pas en solitaire, il aime les équipes qui travaillent en se parlant et auxquelles il fournit des herbiers pour inspirer la taille des chapiteaux, les amenant à retrouver les gestes et les outils d’un Moyen Age qu’il vénère tant, taillants brettés ou taillants droits selon l’effet recherché, choix géologiques en harmonie avec l’ancien, toitures romaines ou tuiles glaçurées dont il harmonise les couleurs avec le paysage. Viollet-le Duc invente sa méthode, il observe, il connaît les matériaux, il expérimente, travaille avec des entrepreneurs, les frères Durand, pour la restauration de la flèche de la cathédrale d’Amiens ou bien pour la sacristie de Notre Dame. Il affirme que la raison, Mercure, conduit à l’Art, Vénus. En une phrase s’exprime l’alliance entre progrès et tradition, invention et respect du passé : « Restaurer un édifice c’est le rétablir dans un état complet qui peut n’avoir jamais existé à un moment donné », paradoxe qui lui vaudra des reproches et qu’il nuancera en soulignant qu’il faut prendre en compte chaque cas particulier.

A suivre…

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