Quatuor pour un seul signe : le Verseau – Jules Verne

Jules Verne

Nantes 1840, printemps, été, automne, hiver, qu’importe, un jeune garçon rêveur mais déterminé, court vers la Loire, fleuve nourricier qui fut porteur de tant de promesses tout au long des saisons de son enfance. Jusqu’à ce jour, c’est de l’Ile Feydeau enserré entre deux bras du fleuve, où se situe le domicile de sa famille, qu’il n’a cessé d’observer les allées et venues des bateaux. A la maison de campagne de Chantenay, nichée tout au bout de la ville, il a passé des heures à observer l’activité du port jusqu’au cœur de Nantes. Il a douze ans. Enfin il va voir la mer qu’il ne connait vraiment que par les récits à la fois terrifiants et magiques des marins au long cours rassemblés sur le quai de la Fosse. Il a douze ans et sur le point de descendre la Loire jusqu’à Saint Nazaire, il sent son cœur battre plus vite, son imagination s’enflammer, déjà bouillonne dans son esprit toute la substance qui donnera à son œuvre l’originalité, l’universalité et l’authenticité que nous lui connaissons. Cette première rencontre avec l’océan, revivra dans La Jangada, le Secret de Wilhelm Storitz, le Pilote du Danube et Le superbe Orénoque :

(…) Le lit de l’Orénoque, très élargi, offrait alors un aspect qui devait frapper Jean de Kermor et le sergent Martial en leur qualité de Nantais. De là vint que celui-ci ne put  retenir cette observation : «Hé ! Mon neveu, regarde donc un peu où nous sommes aujourd’hui… » Le jeune garçon, quittant le rouf, se plaça sur l’avant de l’embarcation, dont la voile gonflée s’arrondissait derrière lui. L’atmosphère, très pure, laissait apercevoir les lointains horizons des Ilanos. Alors le sergent Martial d’ajouter : « Est-ce que, par hasard, nous sommes revenus dans notre cher pays de Bretagne ?… – Je te comprends, répondit Jean. Ici, l’Orénoque ressemble à la Loire…»(…)

A douze ans la planète Jupiter revient, pour achever un premier cycle, à l’emplacement qu’elle occupait dans le ciel de naissance où elle y est conjointe à la Lune, planète de l’imaginaire dont l’importance est accrue par la progression de l’Ascendant vers l’âge de douze ans, dans le signe du Cancer, son domicile. La Lune est aussi symbole de la mère. Jules Verne dit tenir son imagination du côté la sienne, Marguerite Allotte de La Fuÿe, née dans une riche famille d’armateurs, qui aime raconter des histoires et dont il dit : « l’imagination Allotte ! Il n’y a pas de locomotive Crampton, d’étincelle électrique, qui puisse lutter de vitesse avec elle. » ( Lettre à Sophie Verne 20 juin 1855). Née le 23 novembre 1800, la Lune est dans son ciel de naissance à 27 degrés du Verseau conjointe à Mercure du ciel de naissance de son fils tandis que son Soleil est en conjonction exacte avec Mars dans le thème de son fils au premier degré du Sagittaire. Originalité et fougue de l’expression se font écho dans cette filiation.

Le 8 février 1828 se lève le signe des Gémeaux à l’orient du thème de cette naissance à Nantes. Il projette son maître Mercure au Zénith sous l’éclat d’un Soleil dans le signe du Verseau. Quels meilleurs hospices pour un écrivain dont la vocation précoce se déploiera aux confins de l’univers et en toutes directions, vingt mille lieux sous la mer ou autour de la lune, quel meilleur équipage pour cet explorateur à la curiosité insatiable, inventif et original que ce Soleil né des forces ataviques d’un Nadir en Lion et rayonnant au voisinage d’Uranus et de Mercure ? C’est en résonnance avec le signe du Verseau que Jules Verne trouvera l’accomplissement de ses qualités innées. Dans tous ses écrits (Soixante deux romans et dix-huit nouvelles), dans ses engagements, dans le choix de ses personnages qui sont porteurs de ses fermes convictions, de ses intimes interrogations, le onzième signe du Zodiaque ne cesse de se révéler : la volonté d’apporter en littérature quelque chose de nouveau dont un premier roman Cinq semaines en ballons est le fer de lance, quelque chose de nouveau car bâti sur une documentation rigoureuse, géographique, historique, scientifique et écrit dans un style fluide avec un vocabulaire précis, avec l’amour de la terre, l’amour du savoir, l’amour de l’humanité emportée dans les mutations inédites du 19ème siècle. Il dit : «J’estime que j’ai eu la chance d’être né dans une période de découvertes remarquables et peut-être plus encore d’inventions merveilleuses ». Le Lion conjugue le verbe être à la première personne du singulier : « Je suis ». Son opposé, le Verseau affirme : « Nous sommes ». Le capitaine Nemo dira avant de disparaître « Je meurs d’avoir cru que l’on pouvait vivre seul ». Pour Jules Verne l’action doit servir l’épanouissement de la civilisation et non le confort personnel. Il a lu Auguste Comte et trouve dans le positivisme, dans l’idée d’ordre et de progrès une réponse à son intime conviction. Tout doit servir la cohésion d’un groupe, foi ou travail. Jules Verne n’est pas anticlérical, son ancrage dans une famille catholique pratiquante (son père s’infligeait la pénitence) affleure dans certains protagonistes comme l’écossais Ayrton dans Les enfants du capitaine Grant. Jules Verne développe à travers ce personnage l’idée de culpabilité et de rachat par le travail pour celui qui a trahi la collectivité.

Mars en Sagittaire dans un décan de piété, assoie son idée de l’engagement sur un idéal transcendant. Le Sagittaire est un fédérateur, Mars et Uranus en harmonie affirment le désir de faire évoluer les connaissances scientifiques vers le plus grand bien pour tous, de donner aux autres afin de faire évoluer le collectif. L’époque de Jules Verne est un terreau remarquable pour les savants et les ingénieurs. Ses héros sont assoiffés de connaissance et obsédés par la recherche de la vérité afin de servir l’humanité entière.

Le Verseau en carré avec le signe du Taureau et du Scorpion auxquels est rattaché symboliquement l’axe des finances, tend à négliger ce domaine s’il reste captif de l’imaginaire et de l’idéal. Avec Saturne exilé dans le signe du Cancer dans le secteur 2 opposé à Neptune en Capricorne en secteur 8, Jules Verne qui fut un médiocre agent de change, attendit un certain temps avant de pouvoir réellement assurer son équilibre financier mais la Lune maître de Saturne et conjointe à Jupiter en Scorpion en secteur 6 , adoucira cette restriction grâce à la puissance du travail de cet écrivain prolifique et surtout grâce à la rencontre avec un éditeur remarquable : Pierre Jules Hetzel. Tous les hommes cupides sont maltraités dans son œuvre. La relation à l’argent affleure dans ses romans Le volcan d’or (publié en 1906 alors que PJ Hetzel est décédé et que Jules Verne traverse la période sombre de son existence), dans Les 500 millions de la Bégum  (1879) ou encore dans L’étoile du Sud (1884).

La planète Mars au premier degré du Sagittaire tire derrière elle toutes les planètes du ciel de naissance. Elle aspecte Uranus confortant ainsi les aspects novateurs et originaux de cette planète par une énergie laborieuse tendue vers un idéal  mais aussi par le souci du réel, du concret. Dans un entretien avec Marie A Belloc, Jules Verne affirme : « j’ai toujours essayé de rendre mes romans, même les plus délirants, aussi réalistes que possible ». Ce réalisme trouve son expression dans la minutie avec laquelle Jules Verne construit ses récits, minutie étayée par une documentation solide récoltée dans la presse et auprès d’experts.  Le discernement de Mars contrôle l’abondance de l’imaginaire de la Lune conjointe à Jupiter en Scorpion sans en amoindrir l’audace allant même jusqu’à l’ouvrir vers une conscience cosmique. Lecteur insatiable, Jules Verne aurait-il lu le livre Cosmos de l’explorateur et géographe Alexander Von Humboldt publié à Berlin en 1845. Ce dernier étant à la recherche d’une relation nouvelle entre l’être humain, la Terre et le Cosmos, considérait le voyage comme plan de vie et plan de travail. N’est ce pas dans ce même esprit que Jules Verne nous fait le récit d’expéditions à la fois romanesques mais toujours portées par un dessein de progrès et d’amélioration de la condition humaine.

Jules Verne

Jules Verne

La planète Vénus occupe le deuxième décan du signe des Poissons dans le secteur 11. Elle favorise les sympathies, les appuis, les protections, par la relation avec le onzième signe, le Verseau, par le trigone à Lune Jupiter et à Saturne. Tant de rencontres ont nourri la créativité de Jules Verne : Celle avec Jacques Arago, passionné par la géographie et l’astronomie, aventurier porté par l’esprit des encyclopédistes que la cécité n’a pas empêché de sillonner le globe, celle avec l’œuvre d’Edgar Allan Poe surtout pour Les aventures d’Arthur Gordon Pym auquel il écrira une suite dans Le sphinx des Glaces.(1897) et surtout la rencontre avec Pierre Jules Hetzel qui sera son unique éditeur, père idéal pour lequel il signe son courrier : « Jules Verne celui que vous avez inventé ».

A Suivre…

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