Quatuor pour un seul signe : le Verseau – Virginia Woolf

 Virginia Woolf

A quoi bon poser un diagnostic sur le mal être psychique dont Virginia Woolf a souffert et sur lequel elle s’est exprimée longuement car il fût un écueil incontournable, combattu ou apprivoisé  mais jamais surmonté sauf peut-être, à la fin de son existence, par un acte définitif et courageux ? A-t-on besoin de savoir qu’elle était bipolaire, peut-être, ou maniaco-dépressive ou schizophrène ou plutôt mélancolique comme le seraient les êtres humains exceptionnels  selon l’étude qu’en ont faite Raymond Klibansky, Erwin Panovsky et Fritz Saxl dans un ouvrage collectif intitulé « Saturne et la mélancolie » ?


Il faudra donc regarder du côté de cet astre, examiner sa position céleste dans le ciel de naissance de l’écrivaine anglaise, noter ses aspects et ses cycles ainsi que son incidence sur l’œuvre de Virginia Woolf  mais il faudra aussi se tourner vers un Soleil éclaboussant le zénith de sa lumière hivernale et vers Vénus qui l’escorte, éblouie et aérienne, guidant le chariot des planètes, répondant à l’appel de l’idéal artistique, de la création  quoi qu’il en coûte. Il faudra également considérer l’obstruction invincible d’une présence planétaire en secteur 12, surtout la Lune conjointe à Saturne qui porte l’élan du Bélier vers le sacrifice final, si l’on conçoit que  « Toute psychologie est la recherche d’une fatalité intérieure » (André Malraux).  Sur l’horizon oriental du thème, il y aura la rencontre avec le signe printanier des Gémeaux, la présence galvanisée mais vacillante de Mars y brandissant son bouclier d’airain  vers le seul combat qui fasse sens pour cette femme fragile et puissante : la défense des mots, leur capture impossible, leurs alliances improbables, leur magie incomparable, leur musicalité essentielle  lorsqu’ils résonnent plus fort que le silence et dont elle dit peu de temps avant de rendre les armes : « Je sens dans mes doigts le poids de chaque mot ».

Virginia Woolf by George Charles Beresford, platinum print, July 1902


A l’Ascendant, les Gémeaux dont Virginia Woolf exprime le côté facétieux, espiègle, vif et sociable, expression zodiacale duelle, inscrite dans sa complexion délicate, dans ses humeurs oscillant de l’exaltation créative à des périodes de dépression profonde, sachant aussi saisir les instants poétiques, récoltés à fleur de peau puis épinglés tels des papillons irisés sur les pages de ses plus beaux ouvrages, instants vécus et retournés comme un gant soyeux du dehors au-dedans, du dedans au dehors mais aussi, congénitalement inscrits dans ses origines anglaises, l’amour de la nature et des paysages qu’elle parcourt à pied quotidiennement.  Les écrits, l’art de la conversation, les bibliothèques, l’édition, la dextérité manuelle, la lecture, l’agilité orale sont autant de talents et de domaines attachés au signe Ascendant, à Mercure  et au secteur 3 qui lui est associé. Arlequin aux multiples facettes, elle dit : « Nous sommes zébrés, bariolés, comme une étoffe mélangée dont les teintes auraient coulé ». Elle créera avec son mari, une maison d’Edition, la Hogarth Press, elle sera la fondatrice avec sa sœur Vanessa du cercle Bloomsbury, groupe d’intellectuels et d’artistes brillants, elle pratiquera la reliure, la broderie, combinant les fils de couleurs comme elle tisse les mots entre eux, elle en séduira plus d’un et plus d’une, par le charme de son expression, improvisant sur des thèmes multiples construits sur une solide culture.
Ecrire est un appel précoce concrétisé dans un premier journal d’adolescence, âge mercurien, repris à la maturité et multiplié en plusieurs cahiers où elle  analyse ce qu’est l’acte d’écrire et où elle consigne en détail sa vie intime, sa vie sociale, ses tourments psychiques aussi. L’accès sans condition à la bibliothèque de son père est une compensation car elle n’est pas allée à l’université.  Elle lit la littérature française, russe, allemande et Shakespeare surtout.  Mercure est au plus haut du ciel en Verseau sous les rayons d’un Soleil dans ce même signe. Toute son énergie, sa raison de vivre, de survivre, est là.  Pourtant le Verseau recevant le Soleil et Mercure, tout en mettant l’accent sur le désir de valorisation de soi, déplace son centre de gravité vers les autres. Virginia Woolf craint que son originalité et sa différence ne soient pas reconnues. C’est  pourquoi à chaque ouvrage achevé, elle redoute tant la critique. Mercure est au carré de Jupiter et de Neptune en Taureau dans un secteur 12, au quinconce d’Uranus en secteur 5 donc dans le secteur 8 par rapport à son domicile, il signe l’instabilité psychique, la difficulté à se reconnaître une légitimité et en quinconce à Uranus, une sensibilité psychique aiguë soumise à des déflagrations inattendues, son « irrational pain » (douleur irrationnelle). Cette vulnérabilité s’inscrit aussi dans la position des deux astres régents du Verseau : Saturne freine l’expression de la Lune en Bélier qui a maîtrise sur le secteur 3, et Uranus est dans le signe de la Vierge dans un secteur créatif où il est limité, soucieux de perfection mais très insécurisé. Elle écrit dans un contexte de servitude car sa santé psychique dépend mais aussi conditionne ses moyens de créations. Elle le sait et affirme : « …Nothing is real unless I write it » (« Rien n’est réel que je ne l’écrive»).

 

A suivre

 

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