Quatuor pour un seul signe : le Verseau – W A MOZART

Wolfgang Amadeus Mozart

Sénèque : «  La vie n’est pas trop courte, c’est nous qui la perdons » (De Brevitate Vitae).

Fulgurance et brièveté se sont-elles accordées pour donner le juste tempo à la vie de Mozart ? Trente cinq longues années pour ne pas perdre sa vie, trente cinq années trop courtes pour déployer toute son envergure jusqu’au reploiement final dans un sublime requiem.

Mardi 27 janvier 1756, 20 heures, à Salzbourg, Léopold Mozart arrive juste à temps pour accueillir son septième enfant, un garçon. La constellation de la Vierge apparait à l’horizon oriental, celle des Gémeaux est au Zénith. Chacun confie l’astre régent qui leur est commun, Mercure, messager des dieux, au signe du Verseau, à la lumière d’un pâle Soleil d’hiver conjoint au sombre Saturne, astre du temps et de la connaissance. Mercure-Hermès entrelace deux force serpentines, l’une diurne, l’autre nocturne et ouvre ses ailes à la conscience cosmique, à la guérison de l’âme.

Savoir ce que l’on veut, savoir ce que l’on vaut ne peut advenir sans l’expérience de l’altérité qui s’éprouve à l’occident d’un ciel de naissance, à l’endroit où décline le soleil, où s’incline l’égo. Verseau saturnien, vulnérable et consentant à un labeur incessant, infatigable, mais Verseau uranien (Uranus au descendant dans le signe des Poissons), éruptif et rebelle rejetant toute entrave à l’expression de son génie, Mozart réconcilie dans sa création musicale l’ancien et le nouveau pour l’emporter plus loin, plus haut.

Au minuit du ciel de ce 27 janvier, la Lune est en Sagittaire. Mozart s’y arrache à la mouvance du monde, il puise au Nadir des ressources sensibles, imaginaires, chtoniennes que Mars au plus haut du ciel dans le domicile de la Lune, le Cancer, entreprend de glorifier, s’insurgeant et se soulevant douloureusement, chutant et se relevant sans cesse afin d’accomplir le désir primordial d’un Soleil en Verseau qui regarde Neptune en Lion et recueille dans sa coupe offerte l’éclat d’un intarissable élan créatif.

L’empreinte astrale est aussi individuelle que celles qui s’inscrivent au bout de nos doigts avant même notre naissance. Comme pour ces dernières, le hasard y tient sa part mais pour la première il est d’autres influences qui vont en imprimer les contours : sources ataviques, paysage relationnel, éducation, environnement historique, idiosyncrasies complexes mêlant corps et esprit.

Anna Maria, la mère de Mozart est née dans une famille de musiciens, elle aime et connait la musique, Léopold, le père est un musicien très cultivé, il est l’auteur d’un très apprécié essai sur le violon. Il se voudra le seul et unique conseiller de son fils dont il a repéré avec émerveillement les dons exceptionnels : mémoire eidétique, capacité à composer.  Dans le ciel de naissance de Mozart, Mars en secteur 10 au trigone de Vénus dans le dernier décan du Verseau en secteur 6, donne toute la mesure de cette direction paternelle dans la carrière et l’apprentissage de son enfant. Pourtant le mouvement rétrograde de Mars, sa position de chute en Cancer, si elle n’empêche pas l’affirmation de soi, la rend tributaire de l’affectivité, de l’émotionnel et de l’emprise des forces inconscientes d’une Lune sous l’horizon en Sagittaire qui retient sous la cendre, le feu insurrectionnel attendant l’heure de sa libération. L’enfant Mozart sait ce qu’il doit à son père, il le situe au plus haut et clame : « Tout de suite après Dieu, il y a mon Papa ». Des sept enfants du couple, seuls survivent Maria Anna, la quatrième de la fratrie puis Wolfgang le dernier. Maria Anna surnommée Nannerl est elle aussi exceptionnellement doué pour la musique. Les deux enfants s’adorent, Nannerl est née sous le signe du Lion le 30 juillet 1751. Son Soleil à 6 ° du cinquième signe diffuse sa lumière sur Neptune du thème astral de ce frère qu’elle aime et admire et dont elle relate tous les exploits musicaux. Leur échange est à la fois tendre et flamboyant. Plus tard, les aléas de la vie, l’usure des âmes et des corps, changeront cette admiration en jalousie puis en indifférence. La famille tellement unie dans la création et le désir de réussite, se disloquera lorsque Mozart détrônera son père, Uranus prenant la manœuvre et le conduisant à Vienne.

La Lune au Sagittaire rejoint en progression le Soleil au Verseau dans la troisième année de l’enfance de Mozart. A 10° du signe, éclairant le secteur 5, à l’opposé de Neptune en Lion, la veine créative est là, tellement vitale, tellement intense que l’enfant, ensorcelé par le son du clavecin  où s’exerce sa sœur, demande à grands cris à en jouer lui aussi ! La vocation est en place, la source prête à s’épancher et à grandir, rigoureusement et jalousement protégée par Léopold Mozart qui renonçant à son ambition personnelle, se donne pour mission de montrer au monde son « miracle » Wolfgang : «  Ce n’est pas une de mes moindres joies que d’avoir entendu un voltairien me dire, après avoir écouté le jeu de l’enfant : « Maintenant j’ai vu un miracle dans ma vie et c’est le premier ! »  (Lettres des jours ordinaires). Il sait être le père de deux enfants prodiges, il entrevoit la fortune qui peut lui en échoir tout en sachant que l’enfance est éphémère et qu’il faudra que le charme de la virtuosité  se transforme afin de durer.

 

Mozart père et ses deux enfants. Carmontelle.

Mozart a bientôt sept ans, La Lune natale vient à la conjonction d’Uranus révélant à la société de son temps, empereurs et rois, le talent hors norme de l’enfant musicien, déjà compositeur, prodigieux interprète au clavecin, au violon et à l’orgue. Sept ans c’est aussi le cycle du carré de Saturne à sa position natale, Jupiter, Saturne et Uranus se retrouvent en Bélier dans un secteur de renouvellement, de transformations lucratives mais aussi formatives avec pour chef d’entreprise, Léopold Mozart dont l’ambition est d’établir la réputation de son fils dans l’Europe entière. Une longue tournée qui durera  presque  quatre ans, de 1763 à 1766, offrant à un public subjugué le spectacle de deux enfants, Wolfgang et Nannerl qui font tourbillonner les notes, s’amusent et s’émerveillent de tout ce qu’ils découvrent, voyages néanmoins dangereux (la guerre de Sept Ans à peine achevée dans une paix fragile) à travers l’Allemagne, la France, la Belgique, la Hollande, l’Angleterre, la Suisse…voyages épuisants  pour ces jeunes enfants qui seront gravement malades à plusieurs reprises.

A Paris c’est le claveciniste Johan Schobert qui influence le jeune Mozart et dont il s’inspirera pour ses propres sonates et concertos, à Londres c’est Johan Christian Bach fils cadet de Jean Sébastien qui devient un modèle à égaler puis à dépasser. Il lui fait découvrir le pianoforte et l’opéra. Il n’aura de cesse d’en composer un et réalisera son désir à l’âge de 12 ans. Durant ce long séjour loin de sa ville natale, Mozart a appris à parler quatre langues et l’Europe est devenue sa patrie. Pour Jacques Doucelin musicologue « Mozart c’est l’enfance de l’Europe, celle de l’esprit qui a précédé de deux siècles celle des marchands ».

De retour à Salzbourg, les changements sont conséquents pour la famille. L’enfant prodige a largement contribué à une nouvelle aisance : voiture, domestiques, changement de domicile pour un appartement seigneurial de huit pièces près du théâtre dont Mozart adolescent ne manquera aucun spectacle. Le père est comblé affectivement et financièrement. Mozart a-t-il conscience qu’il est à l’origine de cette abondance ? Sa vie est tellement fusionnelle avec celle de son père, Saturne conjoint à son Soleil en Verseau galvanise ce qui est essentiel pour lui, la musique,  il exprime l’ascèse consentie pour atteindre les sommets où le père puisse contempler sa splendeur. Mais sur le plan matériel, père et fils n’auront jamais les mêmes appétits. Le thème natal de Léopold présente un amas planétaire dans le signe du Scorpion en opposition à Neptune en Taureau, axe névrotique tendu entre possession et dépossession, peur de manquer et avidité, préoccupations qui seront étrangères au Verseau Mozart, mauvais gestionnaire gagnant et dépensant sans compter.

A Suivre…

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