Quatuor pour un seul signe : Les Poissons – Marcel Pagnol

 Marcel Pagnol

« Je suis né dans la ville d’Aubagne, sous le Garlaban couronné de chèvres, au temps des derniers chevriers. » (La gloire de mon père. Marcel Pagnol).

C’est ainsi que commence par trois phrases sobres et ciselées le premier des Souvenirs d’enfance de Marcel Pagnol : La gloire de mon père, paru en 1957, suivi par un deuxième tome : Le château de ma mère puis par un troisième en 1959 : Le temps des secrets. Enfin, à titre posthume, un quatrième manuscrit inachevé : Le temps des amours.

Trois phrases en trois temps comme une valse nostalgique qui nous emporte avec Pagnol dans cette Provence qui fût son Arcadie. Un lieu fondateur : Aubagne. Un massif rocheux : le Garlaban auquel une métaphore poétique donne sa royauté. Les chevriers, les derniers, dont la pluralité dissimule un singulier nostalgique, le pâtre tant aimé, le petit frère Paul.

Thème astral de Marcel Pagnol

Nos racines terrestres cherchent dans le langage des astres nos racines célestes afin de mettre en écho, d’une part l’instant de notre naissance, le lieu et les êtres qui nous accueillent, le temps historique de notre incarnation, les aléas de notre progression, d’autre part un ciel rigoureusement ordonné en un mouvement cyclique perpétuel, ronde planétaire qui nous impose son tempo, paraît nous jeter sans compromis hors de son apparente harmonie et nous laisse quelquefois l’illusion d’y conduire la marche de notre destinée.

MARCEL PAGNOL

Aubagne, le 28 février 1895, 17 h. A l’orient du ciel de naissance de Marcel Pagnol, le signe de la Vierge prête au signe des Poissons qui lui fait face, son messager Mercure, vassal du Soleil qui éclaire le douzième signe du zodiaque, promesse d’une renaissance printanière portée par Vénus et la Lune en Bélier. A l’occident du thème Mercure fait un repli stratégique derrière un Soleil qui cherche sa mesure  dans l’approbation des autres, surtout celle du père instituteur, Joseph, défenseur d’une laïcité intègre, d’un anticléricalisme farouche, descendant d’André Pagnol qui ne savait ni lire ni écrire et voulut que ses six enfants soient enseignants. Joseph souhaite pour son fils une brillante réussite, inspiré par Jules Ferry, il ambitionne de l’élever plus haut que lui même sans trahir les principes rigoureux et l’idéalisme social qui le guident. Jeune et docile, Marcel absorbe avec reconnaissance un solide savoir transmis avec amour et fermeté.  Contraint à l’excellence qui lui est imposée et qui le met à l’écart de la vie plus libre de ses camarades, il exprimera sans entraves à l’adolescence sa personnalité enthousiaste et fougueuse.

L’encadrement de l’Ascendant Vierge par Jupiter en secteur 10 dans le troisième signe et par Saturne en Scorpion en Secteur 3, favorise un effort intellectuel continu. Nourrie par la puissance du verbe et la détermination du Scorpion, par l’habileté teintée d’opportunisme des Gémeaux, l’œuvre et la vie de Marcel Pagnol expriment l’alliance paradoxale entre ces deux signes dissemblables, l’un printanier, explorateur curieux du monde et des autres, libre, malicieux et improvisateur, l’autre secret, exigeant, que les obstacles stimulent, que les deuils et les trahisons anéantissent tant le Soleil en Poissons recèle d’empathie et d’impressionnabilité. Au carré de son maître Neptune, le Soleil en secteur 7 face à l’humble Vierge à l’Ascendant, oriente une expression qui déborde la tension entre le moi et les autres, entre le singulier et le banal, entre l’individuel et l’universel : « Je ne crois pas qu’il y ait d’Art en dehors des lieux communs » disait-il. C’est parce qu’il extrait des généralités la substance qui relie les êtres humains entre eux que Pagnol donne au peuple de Marseille enraciné dans le terroir de son enfance l’envergure d’une humanité générale. « De ces petites vies condamnées à la médiocrité quotidienne vous avez fait voir le tragique et la poésie  car si vous êtes un homme de théâtre, vous êtes, au moins autant, un poète.» lui répond  Jérome Tharaud à son discours de réception à l’Académie Française. A propos du lieu commun, Sartre écrivait : « Ce beau mot désigne sans doute les pensées les plus rebattues, mais c’est qu’elles sont devenues le lieu de rencontre de la communauté. Chacun s’y retrouve, y retrouve l’autre ».

Augustine et Joseph Pagnol

 

Racines terrestres, racines célestes…

Ces dernières plongent au Fond du ciel de naissance dans les derniers degrés du Scorpion et y entourent le Sagittaire dont le régent, Jupiter, est lui aussi en position dominante.  Mars maître du Scorpion lance son énergie conquérante au Zénith à la fin du Taureau dans un décan de maîtrise, il est également maître de Saturne et d’Uranus en Scorpion, de Vénus et de la Lune en Bélier, il porte l’étendard d’un désir de réalisation insatiable à partir du moment où il a trouvé sa cible. Marcel Pagnol puise en ce Mars dominant l’énergie nécessaire à l’accomplissement d’une carrière construite avec fougue et rigueur et dont il parvient à contrôler tous les rouages lui qui se dit artisan avant tout puisqu’il est manuel, inventeur, leader aussi, exerçant sur son entourage, ses associés une autorité faite de charme et de gentillesse car Mars répond à Vénus dans le signe spontané du Bélier et dans le signe du Taureau  reste pragmatique tandis que Jupiter en Gémeaux veille à ne pas perdre raison et favorise le sens des affaires.

Les premières s’enracinent en terre hispanique, près de Tolède mais arrachées à leur origine s’établissent dans le sud de la France où l’appellation d’espagnols se transforme en Pagnols. Au Soleil du midi ces derniers apportent l’art de tremper l’acier, métal de Mars dont on fait les épées. Armuriers, artificiers, cartonniers (pour les fusées et les cartouches), autant de métiers en analogie avec la planète de la guerre.  Puis un aïeul sort des rangs et choisit de travailler la pierre. C’est lui qui amoureux d’un savoir qu’il ne détient pas, veut faire de tous ses enfants des instituteurs, Jupiter dans le signe de Mercure complète cet héritage et continue à dérouler le fil du récit familial pour aboutir à ce conteur que fût Marcel Pagnol.

A suivre

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