Quatuor pour un seul signe : Les Poissons – Maurice Ravel

Maurice Ravel

Une image astronomique du ciel, à un moment précis du temps universel, en un lieu terrestre repéré par sa longitude et sa latitude, horoscope fixant l’image d’un instant singulier qui ne sera jamais plus identique et attestant de l’apparition d’un être humain unique lui aussi, happé par une ressemblance céleste, offert au regard interprétatif de celui qui cherche dans les arcanes planétaires à en comprendre l’origine, le déploiement, les triomphes et les chutes, laissant sa part au mystère, au hasard, à l’incontrôlable.

Une image photographique, pouvoir de mémoration révélant notre temporalité, témoignant en clichés chronologiques de ce que fut notre enfance, notre jeunesse,  notre maturité et notre vieillesse, glissant inexorablement sur la flèche d’un temps irréversible, regards échangés entre le modèle et le  photographe qui met à jour nos métamorphoses, éclaire nos transformations psychiques plus ou moins sues ou reconnues après coup, par nous-mêmes, par lui-même, par les autres.

Une œuvre musicale nait, se façonne, suit un cours cohérent à la recherche de sa perfection. Son enfantement est arraché aux mouvements de l’âme, à ses tourments secrets, à l’incompréhension qu’elle suscite, aux joies immenses qu’elle procure car la création artistique surgit elle aussi d’une inscription céleste, s’incarne dans un esprit, dans un corps, dans un milieu humain, les modifie et en est modifiée puis les redonne à l’univers afin que le passage d’un monde à l’autre fasse impression et mémoire pour des apparitions à venir.

Le dimanche 7 mars 1875 à Ciboure sur la côte atlantique, à 22 heures, Marie Delouart d’origine basque et espagnole,  revenue pour quelques mois sur sa terre natale, met au monde son premier enfant Maurice ; Ainsi le veut la coutume maternelle, ainsi s’inscrit un enracinement profond et déterminant pour la vie et l’œuvre du futur musicien qui vivra à Paris avec ses parents mais reviendra souvent « ici où la mer est bordée d’acacias ! Et des collines d’un vert doux du haut desquelles dégringolent les petites boules de chêne taillées à la basque. Et au dessus de tout cela, les Pyrénées, d’un mauve de féérie ». (Maurice Ravel Lettre à Ida Godebsky – 19 juillet 1911.

Image du ciel…. Le signe du Scorpion à l’Ascendant, Mars son maître occupe le Sagittaire au trigone d’Uranus en Lion au zénith. Sur cette configuration planétaire s’installe la puissance créative de ce musicien secret, l’audace de ses compositions, l’application à entretenir sa singularité, sa farouche indépendance. Au Sagittaire, Mars déploie son ampleur de vue, s’ouvre au lointain, multiplie ses connaissances, les perfectionne à l’extrême et en fait la synthèse, les rassemble et les orchestre.  Ne ressembler à personne, composer sans se répéter, faire fi des principes, des formulations théoriques qui expliqueraient une esthétique et comme Mozart donner à la Musique toute l’ampleur d’expression nécessaire sans oublier son rôle essentiel : charmer.

Au plus haut du ciel de naissance, Uranus en Lion s’oppose à Saturne en Verseau, l’une et l’autre planète régissent ce dernier. Il s’agit de ne pas acquiescer d’emblée et de forger patiemment et lucidement ce qui permet d’émerger dans la lumière, de faire rupture, d’inventer du nouveau, tandis que dans l’obscurité intime de Saturne au fond du ciel, se cachent et se replient pudiquement désirs et sentiments, attachement aux racines sécurisantes, familiales et culturelles.

Maurice Ravel en 1925

Image de soi… Paraître dans la lumière du Lion au zénith passe par l’apparence d’un dandy raffiné compensant par l’artifice un corps assez frêle. Etre « dandy » est une posture, un esprit du XIXe siècle, provocateur et faussement indifférent à l’opinion d’autrui. Uranus frôle à reculons le Milieu du ciel tandis que Jupiter proche de l’Ascendant en Scorpion est avide d’imposer son originalité créative et s’impatiente de tarder à en jouir.

Naissance d’une œuvre …Le Soleil dans le signe des Poissons conjoint à la Lune diffuse une lumière diurne et nocturne sur la création musicale qui plonge dans la richesse de l’inconscient pour en ramener la lumière et la porter à sa plus forte intensité. Dans le signe des Poissons, la créativité se dilate, l’émotion s’épanche avant de trouver à se transcender au prix d’un sacrifice intime tenu secret.  Son ami Carlo Vines confie qu’à l’écoute du prélude de Tristan et Iseult, Ravel «… tremblait convulsivement et pleurait comme un enfant. ». Ravel avoue dans ses Esquisses autobiographiques : « Tout enfant, j’étais sensible à la musique à toute espèce de musique ». L’entourage n’est pas étranger à ce goût, son père mélomane aurait aimé être musicien, sa mère chantait en basque et en espagnol : « les mélodies populaires espagnoles que lui chantait sa mère comptent au nombre des premiers souvenirs du compositeur, et il hérita d’elle son amour pour le Pays basque, son peuple et son folklore ». (Arbie Orebstein – spécialiste américain de Ravel). Les nombreuses œuvres vocales que composera Maurice Ravel s’origine dans cet environnement musical d’une enfance à Paris au cœur de la riche vie artistique de cette époque.  Ecoutons Shéhérazade, Histoires naturelles, trois poèmes de Mallarmé, Chansons madécasses, l’opéra L’heure espagnole et la fantaisie lyrique L’enfant et les sortilèges. Les cycles de Saturne ponctuent les temps forts d’une éducation musicale solide, structurant l’expression d’un talent précoce. Le carré croissant de Saturne marque le commencement de l’apprentissage du piano avec Henry Ghys, excellent pédagogue et compositeur qui lui fait aimer Schumann. Au moment de l’opposition de Saturne, à 14 ans, un autre « maître », élève de Chopin, Emile Descombes lui transmet une technique pianistique rigoureuse. La passion du jeune élève a grandi entre temps auprès de Charles René qui a tout juste le double de son âge. Il développe sa sensibilité, le sens de la mélodie et du contrepoint. Préparé pour devenir concertiste, il se présente au conservatoire, institution incontournable sur laquelle butera très vite sa personnalité indépendante.  Maurice Ravel a 14 ans,  Saturne traverse le zénith de son ciel de naissance. Un sentiment de limitation pèse sur le musicien en formation qui finira par se libérer du conservatoire en 1895. Uranus dominant le thème de naissance fait un carré à sa position natale dans les années 93 à 95. Maurice Ravel découvre l’avant-garde artistique notamment l’excentrique Eric Satie et son recueil Ogives, il se passionne aussi pour Emmanuel Chabrier, ces deux compositeurs influenceront ses propres créations. Dans ces échappées loin des courants académiques, Ravel a pour complice un élève de son âge, le virtuose Ricardo Vines pour lequel il éprouve une amitié passionnée et admirative. Ensemble ils lisent Mallarmé et Baudelaire et s’émerveillent en visitant l’exposition universelle de 1889.  Maurice partage les goûts de son ami Ricardo qui lui fait découvrir la musique de son Espagne natale et fait vibrer en Maurice les souvenirs maternels mais aussi les compositeurs russes, Moussorgski et son Boris Godounov, Rimsy Korsakoff imprégné lui aussi de chants folkloriques et dont on repère l’influence dans les compositions de Ravel. La configuration natale d’Uranus sous la gouverne du Soleil conjoint à la Lune en Poissons annonce les intuitions fulgurantes qui traversent les choix musicaux de Ravel orientés par l’éclectisme de ses goûts esthétiques. Elle accompagne également les engagements collectifs de Ravel lorsque la liberté artistique est en danger. Il sera à l’origine de la Société Musicale Indépendante afin de briser le Monopole de la trop sectaire et nationaliste Société Nationale de Musique.

A SUIVRE…

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