Quatuor pour un seul signe : les Poissons -VICTOR HUGO

Victor Hugo

Guernesey, le 18 août 1859, Victor Hugo se tient debout devant son écritoire face à la mer dont les flux et reflux portent et emportent la pensée humaine, celle de Juvénal, de Dante, de Saint Paul, de Shakespeare, la sienne aussi qu’il inscrit dans cette lignée de génies, comme eux, « homme-océan » dont l’œuvre protéiforme a trouvé dans l’interminable exil le lieu utopique de sa puissance créative, dans le déchainement des vagues, l’élément de ses révoltes inassouvies.

Deux jours plus tôt Napoléon III  a proclamé l’amnistie pour les proscrits. Proscrit, Hugo l’est depuis 1851 depuis le coup d’état bonapartiste, depuis l’échec de la résistance au nouveau pouvoir et depuis sa fuite vers la Belgique  sous une fausse identité. Alors en ce mois d’août 1859, baigné par la lumière qui inonde le « look out » transparent de Hauteville-House, fidèle à son destin, il écrit : « Personne n’attendra de moi que j’accorde, en ce qui me concerne, un moment d’attention à la chose appelée amnistie. Dans la situation où est la France, protestation absolue, inflexible, éternelle, voilà pour moi le devoir. Fidèle à l’engagement que j’ai pris, vis-à-vis de ma conscience, je partagerai  jusqu’au bout l’exil de la liberté. Quand la liberté rentrera, je rentrerai. ». Il ne rentrera, triomphant, qu’en 1870.

Combien de plumes d’oies a-t-il usées, de combien d’encriers a jailli ce monde titanesque qu’il explore et poétise sans relâche pour l’offrir à l’humanité ? Tant de livres déjà écrits, poèmes, pièces de théâtre, romans, discours politiques et plaidoyers, odes et pamphlets. Tant à écrire encore. Tant d’œuvres graphiques où ce « Gargantua du beau » exprime son exubérance. Hauteville-House est son vaisseau acquis grâce au succès prodigieux de son recueil de poèmes « Les contemplations » publié en 1856 : « La maison de Guernesey sort toute entière des Contemplations. Depuis la première poutre jusqu’à la dernière tuile, Les Contemplations paieront tout.  Ce livre m’a donné un toit ». Hauteville-House est la synthèse esthétique de tout son imaginaire, il en a dessiné les meubles, choisi la décoration, il y a gravé ses initiales et les titres de ses romans. C’est, nous dit son fils Charles : un « véritable autographe de trois étages, poème en plusieurs chambres ».

Mais en 1859 il y est seul.

Thème astral de Victor Hugo

Besançon, le 26 février 1802, 7 ventôse an X selon le calendrier républicain, Sophie Trébuchet donne naissance à son troisième fils Victor, enfant fragile qui accapare toute son attention. La puissance de l’amour maternel lui inspirera vingt huit ans plus tard de mélancoliques « Feuilles d’automne »

Le 26 février 1802 à 22h30, Le signe du Scorpion apparait à l’orient. Le Soleil en Poissons prête son régent Neptune-Poséidon, dieu des mers et des tempêtes au huitième signe du zodiaque, armé du triple pouvoir de son harpon : création, préservation et destruction, Trimurti de l’hindouisme, trinité chrétienne, rythme ternaire du destin de Victor Hugo, avant, pendant et après l’exil tandis que  Mercure, Hermès trismégiste, trois fois grand, Dieu Thot des égyptiens, protecteur des arts, court devant le Soleil, porteur de l’imagination créatrice arrachée au brouillard neptunien. Le Scorpion à l’Ascendant donne pouvoir à Mars dans le signe du Verseau en secteur 3 où il fait régner la puissance des mots acérés, la fixité des convictions, l’audace des engagements et ce sentiment de singularité dont l’écrivain tire force et fierté, « Et s’il n’en reste qu’un, je serai celui-là ! » écrit Hugo dans son œuvre pamphlétaire contre son ennemi Napoléon III  (Les Châtiments (1853.) auquel il s’adresse dès le début de son exil sur l’ile de Jersey dans une féroce diatribe : « Napoléon le petit ».   Mars en Verseau donne à cet engagement opiniâtre une coloration collective, politique et progressiste appuyée par l’inspiration de Neptune régnant en secteur 1 et par la valorisation du signe des Poissons où se côtoient Soleil, Mercure, Vénus et Pluton, affrontant Saturne dans le signe de la Vierge et Jupiter à la fin du Lion. L’idéal que Hugo défend tout au long de son existence vise à transformer la société, à la rendre moins aliénante, plus juste, plus généreuse. Les Misérables nous donnent en exergue sa profession de foi dont chaque phrase contient la symbolique planétaire et zodiacale qui préside à la naissance de l’écrivain: «  Tant qu’il existera, par le fait des lois et des mœurs, une damnation sociale créant artificiellement, en pleine civilisation, des enfers, et compliquant d’une fatalité humaine la destinée qui est divine ; tant que les trois problèmes du siècle, la dégradation de l’homme par le prolétariat, la déchéance de la femme par la faim, l’atrophie de l’enfant par la nuit, ne seront pas résolus ; tant que, dans de certaines régions, l’asphyxie sociale sera possible ; en d’autres termes, et à un point de vue plus étendu encore, tant qu’il y aura sur la terre ignorance et misère, des livres de la nature de celui-ci pourront ne pas être inutiles ».( Hauteville-House, 1862).

Victor Hugo Peinture à l’huile (1879) de Léon Bonnat. (Musée national du château de Versailles.)

Hugo est habité par des contrastes que son œuvre tente de réconcilier. Oscillant sans cesse  entre le réel et le sublime, la lumière et les ténèbres, Dieu et Satan, ce déchirement n’est-il pas la condition de son incarnation, le ferment qui alimente l’expression de Mercure en Poissons conjoint au Nœud lunaire nord en trigone à Neptune. En lui se mêlent et s’affrontent depuis l’enfance deux Frances, celle de sa mère attachée au royalisme et à l’ancien régime, admiratrice de Chateaubriand, celle de son père républicain proche de Napoléon puis de Bonaparte, père et mère s’opposant violemment pour le malheur de leurs quatre fils ballotés au gré des affectations militaires du père. Précocement séparé de cette mère adorée qui s’installe à Paris pour soutenir les ambitions de son mari auprès de Joseph Bonaparte, Victor vit quelques temps avec ses frères et son père affecté à la garnison de Bastia puis à l’Ile d’Elbe. Bientôt las de l’absence de la mère de ses enfants Léopold Hugo prend une maîtresse. Alertée, Sophie revient, se refuse désormais à son époux, prend ses enfants et repart. Séparation encore, division entre deux forces que le ciel de naissance révèle.

Au fond du ciel où se cache la dimension la plus profonde de la réalité, lieu du sommeil et des expériences spirituelles, dans le douzième signe du Zodiaque clôturant la fin d’un cycle que le Bélier du printemps verra renaître, se regroupent trois planètes : Vénus et le Soleil séparés par Pluton maître du Scorpion. Toutes trois sous la coloration sombre d’un décan saturnien, ouvrent vers un absolu qui se dérobe sans cesse mais que les forces subversives d’Uranus tiennent frénétiquement dans leur ligne de mire : «  J’ai des rêves de guerre en mon âme inquiète ; j’aurais été soldat si je n’étais poète…. ». Vénus est douceur, indulgence, compassion, charité et plus haut encore, altruisme total. En amour, Hugo a mêlé le sublime au charnel pour tenter de satisfaire son désir insatiable, revenant à la femme comme à une source de vie. Besoin du corps, besoin de l’âme, se combattent sans victoire de l’un sur l’autre. Premier amour, premier mentor, sa mère, femme cultivée qui soutient les ambitions littéraires de son plus jeune fils. Jupiter de son ciel de naissance se superpose à Vénus dans le ciel de son fils tandis que Vénus en Lion culmine au Zénith du thème de naissance de Victor dont la Lune dans le neuvième signe et maître du secteur 9 fait un trigone à son maître Jupiter au plus haut du ciel dans le signe du Lion.  (…)

A suivre

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